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Vernissage de Johann Rivat "Hell or high water"


24 janvier > 22 février 2020

En octobre 2019, je rendis visite à Johann Rivat dans son atelier à Grenoble. Au cours des nombreuses heures passées ensemble, il fut beaucoup question de sa peinture, de ses dessins et de littérature. Dans l'ancien garage qui lui sert aujourd'hui d'atelier (murs blancs, toit s'ouvrant sur la lumière du jour), l'artiste évoqua pèle mêle Ed Ruscha, Joseph Conrad, son goût pour les sujets mythologiques et l'écrivain français Pierre Michon. De ce dernier, le texte Les onze avait sa faveur. Et je n'allais pas tarder à en comprendre la raison.
Le lendemain, lorsque je pris le train pour regagner Paris, Johann Rivat me t don d'une boîte blanche au format rectangulaire. Celle-ci contenait, soigneusement plié, un drapeau de grand format reproduisant une fresque murale qu'il avait réalisée à Shanghai en 2005, intitulée « Nous sommes l'étendard ».
Une fois rentré, je déroulais cette longue pièce de tissu pour y découvrir une tribune de onze personnages, onze icones populaires, convoqués de face ou légèrement de pro l - dans une improbable réunion - comme un étrange rébus anthropomorphe aux allures de Panthéon intime.
Au premier plan, deux légendes de la scène rock entouraient Albert Camus et l'écrivain chinois Lu Xun, la tête de Robespierre - pied de nez du destin - émergeant légèrement en retrait. Au second plan, se tenaient de gauche à droite le plus fameux des patriotes italiens, un écrivain russe sulfureux, un artiste allemand qui avait su faire de sa vie un mythe, un chef indien et le philosophe de la « volonté de puissance » en habit d'of cier durant la guerre de 1870. Un onzième personnage, gurine de cartoon traversait le décor - comics et désuète.
Il m'apparut tout à coup que le nombre des gures représentés sur l'étendard correspondait au titre éponyme du roman de Michon. Par ailleurs, Les onze était le récit ctif d'un tableau éponyme conservé au Louvre représentant les onze membres du tribunal révolutionnaire en 1794.
Je compris soudain l'intérêt de l'artiste pour le récit de Pierre Michon. La coïncidence était trop belle pour être le seul fruit du hasard. Les onze de Rivat rejoignaient Les onze de Michon. Des af nités électives se nouaient, des correspondances se manifestaient, des univers symboliques se répondaient - inconsciemment ou non le conseil des grands hommes convoqué par Rivat répondait ou faisait écho au tribunal de la terreur évoquée par Michon.
Dans cette cohorte de destins glorieux ou brisés, de tragédies intimes et d'œuvres visionnaires, les grands thèmes chers à Rivat s'incarnaient. D'un côté, les gures de la
terreur, matérialisées par les ruines, l'aveuglement des foules, la violence, l'incendie - en un mot : la chute. De l'autre, en contrepoint, la révolte saine et nécessaire, la puissance de la nature et la force du règne animal, les gures tutélaires - Athéna, Prométhée, Artémis et Perséphone - personni cations ici de la résistance.
Scènes urbaines de guérilla aux couleurs vives, chaudes et tempétueuses, paysages crépusculaires où menace au lointain l'incendie, panoramas d'architectures modernes baignés d'une lumière aveugle - la solitude de l'homme contemporain devenue omniprésente, pré gurant, pourrait-on croire, sa prochaine disparition au pro t d'êtres hybrides ou mécaniques - d'animaux égarés parmi les ruines.
Car c'est d'un combat dont nous parlent les toiles et les dessins de Johann Rivat. Une lutte immémoriale - et d'une dramatique actualité. La bataille que se livre l'homme et la nature, la vie et la mort, la raison et la folie, le capitalisme et la planète. Cette grande interrogation romantique sur le sens de l'Histoire et le pouvoir de la ction.
Quelques jours plus tard, évoquant Les Géants - sa dernière série de tableaux - Johann Rivat me transmit un court message par email :
« Il me semble que je ne crois pas au langage, c'est pour cela que je peins, et que je peins des lettres ici. »
La présence appuyée de mots ou de slogans oquant des enseignes commerciales - tels des ultimatums consuméristes ou des oukases situationnistes - s'inscrit dans une longue interrogation sur le thème de la n de la civilisation et du rapport de l'homme à la nature. L'œuvre de Rivat est imprégnée de cette peur ancestrale, cette sourde inquiétude qui fut certainement à l'origine de l'art pariétal - cet art préhistorique économe et synthétique auquel il semble faire écho dans ses derniers travaux. Mais ne nous y trompons pas pour autant : la peinture de Johann Rivat est bien ancrée dans le présent. Elle interroge le sacré, s'y mesure même, en se nourrissant de l'actualité, de références cinématographiques et d'images photographiques. L'artiste a pour lui d'avoir compris que si les mythes sont éternels, ils n'en ont pas moins besoin d'être régulièrement ré-habités et réinvestis.
Je me plairais en n à comparer le travail de Johann Rivat à l'attitude du capitaine Marlowe dans le roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres. Un Marlowe, qui, sa mission remplie, ressurgirait au monde à bord de son navire, témoin de la folie des hommes, mais encore debout à la proue de son navire avec pour seul mot d'ordre : « Hell or Highwater ! » (« Contre vents et marées »).
Nicolas Menut

Vernissage de Johann Rivat "Hell or high water"
Location: Galerie Sabine Bayasli
ex galerie Detais
99, rue du Temple
75003 Paris
M° Rambuteau, Arts et Métiers
France
Mobile : +33 (0)6 34 29 40 82
Mail : galerie@galeriedetais.fr
Internet Site : www.galeriesabinebayasli.com
Date: Thursday, January 23, 2020
Time: 18:00-21:00 CET

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