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Action de Myriam Mihindou


Dans le cadre de l'exposition de Myriam Mihindou "Affinités Électives"

AFFINITÉS ÉLECTIVES
FOCUS SCULPTURES

VERNISSAGE SAMEDI 1 FÉVRIER DE 16H À 20H
EXPOSITION DU 1 FÉVRIER AU 7 MARS 2020

AFFINITÉS ÉLECTIVES
« Comment imputer à la réalité ce qui revient à la réalité
Et à l'art ce qui revient à l'art ? »1

« Je suis sculpteur dans l'âme » reconnaît Myriam Mihindou. Cette nouvelle exposition suit les méandres d'une pratique sculptée qui habite l'artiste depuis plus de trente ans. Son œuvre a certes emprunté d'autres chemins - photographie, dessin, performance, vidéo, installation - mais sans que la sculpture ne parvienne à dissimuler son emprise. Défiant les définitions, elle rejoint un cheminement créatif polymorphe où le corps occupe une place centrale. Par l'entremise de la photographie, Myriam Mihindou a saisi en 2001 des instants sculptés, fragiles compositions de chair et de nature réalisées sur l'île volcanique de la Réunion (série No Angel).

La sculpture s'est au départ immiscée dans son oeuvre sous un jour plus classique. C'est en forgeronne que Myriam Mihindou s'est définie à l'École des Beaux-arts de Bordeaux. Le métal a perduré par la suite dans ses œuvres, en particulier le cuivre. Il a fait place à des matériaux plus insolites dans le champ de la sculpture : cire, coton, savon. Ils rejoignent un éventail de matières habitées par la mémoire, dont Joseph Beuys avait lui aussi fait son répertoire. Oscillant entre univers organique, minéral et métallique, les substances choisies n'ont rien d'inertes mais s'avèrent au contraire inépuisables et fécondes. Myriam Mihindou fait corps avec elles, s'inscrivant dans un rapport élémentaire à la matière. Façonner, polir, plier, extraire, étirer, effiler : ainsi s'égrènent des gestes essentiels. Légèreté, attraction, gravitation, souplesse, délicatesse, solidité et fragilité forment le glossaire des affinités électives de l'artiste.

Les matériaux choisis traversent le temps et les espaces, peuplent les rêves, caressent et apaisent les corps. Lors de son enfance au Gabon, Myriam Mihindou a noué des liens indéfectibles au liber de l'arbre. En 2001, à Alexandrie, elle a chorégraphié les dualités dans des sculptures de coton, feutre, kaolin, chanvre, fil et aiguilles (Angel and dark swam / L'ange et le cygne noir). Plus récemment, le coton a donné naissance à neuf têtes sculptées de louves. Deux nouvelles sculptures en coton de grand format ont été créées ces derniers mois dans l'atelier de l'artiste. L'ange y est, une fois de plus, présent. Il est un visage qui se mêle à l'oiseau, prêt à prendre son envol bien que suspendu pour un temps encore au chevalet du peintre à qui la nature a fait offrande de brassées de fleurs de coton. Il faut savoir apprivoiser le temps pour saluer l'éphémère. Strates après strates, les fibres de coton apposées, mêlées au blanc de titane, enveloppent le vide et se muent en volume. Légères et pourtant obéissant aux lois de la pesanteur, comme ces jambes dressées, rescapées, survivantes. Lorsque surgissent les blessures, il est d'usage de placer un morceau de coton à l'interface entre le corps et son environnement, là où la chair s'entrouvre. Effleurant les épidermes, le coton absorbe, et par là même soigne et apaise. Ces enveloppes démultipliées forment ici un corps sublime et charnel. À cette anatomie ouatée, Myriam Mihindou mêle ses étymologies, poursuivant son travail entamé en 2006 sur les Langues secouées. Les deux volumes du Dictionnaire historique de la langue française portent trace de ce dépeçage minutieux des mots et de leurs significations. Enroulés sur eux-mêmes, le mot et sa définition sont enfouis sous la chair. Dans la médecine traditionnelle éthiopienne, ce sont d'étroites bandes de parchemin parsemées de phrases et d'images religieuses qui sont emmaillotées contre soi dans un vœu protecteur et thérapeutique. Forgeant le verbe, Myriam Mihindou convoque les mots enfouis qui blessent comme ceux qui guérissent. Elle érige ses œuvres en vecteurs de parole.

Tout comme le coton, le savon frôle la surface des corps. Débutée en 1999, la série sculptée des Fleurs de peau a accompagné Myriam Mihindou dans les lieux où elle s'est fixée ces dernières années, en Égypte, au Maroc, à la Réunion et en France. Les blocs de savon de Marseille ont perdu leurs contours anguleux. Des courbes surgissent pour suggérer des volumes charnels, ou se dénudent pour revêtir un aspect émacié. D'un geste mimétique, Myriam Mihindou épouse l'action du temps, des éléments. Alors, tout est métamorphose dans cette alchimie du rapport avec la nature : épidermes lisses ou flétris, galets polis par la mer, concrétions de minéraux sur les pentes d'un volcan. Ces folles chimères de reliquats naturels ou de rémanences corporelles, parfois transpercées d'aiguilles, sont suspendues au mur en un atemporel jeu d'osselets. Plus loin, d'autres blocs de savon posés sur une étagère portent sur leurs faces des lettres qui suggèrent une pédagogie ludique. L'oeuvre est née d'une colère et nous enseigne que sculpter est aussi un acte politique. Si nous obéissons à l'injonction du matériau - laver, nettoyer -, ferons-nous disparaître l'énumération cruelle égrenée par les lettres des cubes : « broken nose and lips » ? La perspective de cette dissolution annonce pour l'artiste un changement de paradigme dans les rapports de pouvoir et d'autorité. Il est urgent d'abolir ce qui n'est à l'état naturel que différences et que les hommes érigent en hiérarchies. Le matériau comme le geste lent et immuable qui glisse à sa surface produisent une onde régénératrice. Des mondes s'effritent pour en enfanter de nouveaux. D'un imposant bloc de savon, l'artiste fait surgir quelques fossiles, mais oscille devant le dilemme : le désir est grand de statufier l'empreinte tout autant que de réanimer la trace. Dans ses sculptures, Myriam Mihindou creuse les sillons du temps et de l'espace où se fomentent des mondes.

Sarah Ligner
Conservatrice au Musée du Quai Branly

1. Toutes les citations sont de l'artiste.

Vernissage de Myriam Mihindou "Affinités Électives"
Dispositif - De la série Fleurs de Peau, 1999 -2019 (Work in progress)
Sculptures en savon de Marseille, greffes, aiguilles, chanvre, cire, coton, latex, kaolin
6 à 10 cm
Location: Galerie Maïa Muller
19, rue Chapon
75003 Paris
M° Rambuteau, Arts et Métiers
France
Phone : +33 (0)9 83 56 66 60
Mobile : +33 (0)6 68 70 97 19
Mail : contact@galeriemaiamuller.com
Internet Site : www.galeriemaiamuller.com
Date: Friday, March 6, 2020
Time: 19:00-21:00 CET

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