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Vernissage d'Anouk Kruithof "Trans Human Nature"


Du 13 mars au 24 avril 2021
Vernissage le samedi 13 mars (12h-18h)

Se relier à des formes de vie non humaines, s'ouvrir à la pluralité des mondes, élargir les sensibilités et, de la sorte, se transformer : récits de science-fiction et enquêtes anthropologiques s'accordent à faire de ces mutations un enjeu fondamental pour imaginer le futur. Si ces projections sont encore loin d'être un modèle communément partagé, on assiste actuellement à la revalorisation des savoirs alternatifs, des pouvoirs des plantes, à la réappropriation des rituels, et on entend de plus en plus le bruissement des transmissions orales. La projection vers des modèles de vie davantage ancrés dans l'ordre naturel est très présente dans les discours, dans une mystification parfois simplificatrice car pensée sur des systèmes d'opposition. Or en ces temps confinés, où l'omniprésence des écrans et la digitalisation des émotions nous épuisent tout en affirmant d'autant plus leur nécessité, il est difficile de s'extraire vraiment, de faire rupture. Tout nous engage plutôt à imaginer les mutations nécessaires à travers hybridations et intersections des différents milieux. Le désir de se réconcilier avec les richesses du vivant peut-il rester ancré dans l'intensité des expériences vécues dans les sphères sociales et dans les infrastructures technologiques du monde contemporain ?

Trans Human Nature est le récit d'une traversée personnelle et d'une exploration artistique qui me semblent raconter ces défis contemporains. Fin 2018, Anouk Kruithof part à la découverte du Surinam, petit pays d'Amazonie méconnu, ancienne colonie du Pays-Bas dont l'artiste est originaire. Lors de son expédition, elle découvre un village en pleine forêt, Botopasi, seulement relié à la civilisation par la rivière, et cette rencontre est décisive. Après avoir vécu dans de grandes capitales de l'art- Berlin, New York, Mexico, Bruxelles-, Anouk Kruithof décide de construire sa maison à Botopasi et va vivre là une expérience transformatrice pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que la crise du covid la ramène en Europe. Dans ce village, elle travaille en symbiose avec la nature et la population. Installer sa pratique dans ce contexte a impacté ce qu'elle y a produit, ou plutôt ce qui s'y est produit. Anouk Kruithof entrepose sur les pirogues reliant le village des impressions de ses images issues de l'iconographie numérique, et les amène dans ses marches dans la forêt, les immergeant dans la rivière, les camouflant dans la végétation, les manipulant en observant leur capacité à faire corps avec une nature sauvage, puissante, violente aussi parfois. Les images qu'elle produit alors viennent raconter un procédé de transformation de soi au contact d'une nature dense et tropicale. Qu'en est-il du devenir pierre, du devenir plante, de ces expériences hypnotiques où l'on dilate nos pores et nos pensées ? Entre fascination et fantasme, on suit les tentatives de l'artiste de s'approcher, d'hybrider la nature sauvage, d'y produire une surface aqueuse, liquide, réfléchissante de notre humanité. Les matières végétales et naturelles se mêlent aux visages du transhumanisme, les déformant, les recouvrant, multipliant plis et reflets pour y projeter des identités mutantes, troubles et fertiles.

Toutes les images ont des titres, et avec eux s'enclenche le temps du recul et du récit qui assume toute l'ambiguité de la (l'im)posture. Si rien n'est trafiqué dans les sphères digitales, tout est mis en scène, comme le rappelle ce titre : « Smile, you're on stage (wet) ». La nature est un vaste décor, formidable dans l'énergie désirante qu'elle produit, et les mirages de ces connexions possiblement harmonieuses entre les univers du code numérique et des formes végétales (Code Green). Les matériaux sont disposés, mêlés, observés puis enlevés. Dans Confirm Humanity, c'est un visage de robot qui s'enfouit dans la végétation vierge, interprétant un désir profond du transhumanisme. Anouk Kruithof imagine une Cyberwelness mêlée au sable, aux pierres, à l'eau et aux formes de vie sauvages. Dans un village reculé de l'Amazonie, où l'accès à l'électricité est chaque jour une victoire précaire, elle installe ce mythe d'une nature hybridée, polyphonique et harmonieuse, que l'on aimerait visiter à notre tour pour y installer nos propres fantames, lorsque Anouk Kruithof aura réalisé son rêve de faire de sa maison un lieu de résidence, de transformation pour soi et pour les autres.

Mathilde Roman

Exposition réalisée avec le soutien de l'Ambassade des Pays-Bas

Vernissage d'Anouk Kruithof "Trans Human Nature"
Anouk Kruithof, Aquatronic (River Myst), 2021
Location: Galerie Valeria Cetraro
16, rue Caffarelli
75003 Paris
M° Temple, Filles du Calvaire, Arts et Métiers, République
France
Phone : +33 (0)9 82 61 61 11
Mail : info@galerievaleriacetraro.com
Internet Site : www.galerievaleriacetraro.com
Date: Saturday, March 13, 2021
Time: 12:00-18:00 CET

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