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Vernissage de l'exposition "Carnets de voyages : Jean Dubuffet au Sahara"


31 Janvier 2008 / 30 Avril 2008

Février 1947. Le charbon est rare. Il est plus facile d'aller en Afrique que de se chauffer à Paris. Pourquoi pas l'Algérie que Jean Dubuffet connaît déjà pour y avoir séjourné à plusieurs reprises dans le cadre de ses activités de commerce de vins. Départ avec sa femme Lili pour Alger, mais il y fait froid aussi... alors cap sur le Sud, par les pistes en autocar, pour finalement faire halte à l'oasis d'El Goléa, halte qui se prolonge trois semaines. Bain de simplicité, de façons simples ! [...] Fort bon bain qui repose bien l'esprit ! Nous avons adopté le genre arabisants à outrance, et avons vécu tout ce temps dans la compagnie à peu près exclusive des indigènes et en avons été bien récompensés car nous revenons de là bien nettoyés des intoxications, bien rafraîchis et renouvelés et fort enrichis dans les voies du savoir-vivre.

De retour à Paris, fin avril 1947, Dubuffet n'a qu'une hâte : retourner à El Goléa, replonger dans ce bain de "désintoxication culturelle"... lui qui rêve d'échapper à sa condition d'Occidental, à cette culture qu'il considère comme une "langue morte", étrangère à la vraie vie. Une nouvelle plongée dans ce "bain de simplicité" lui offrira peut-être les conditions ouvrant cette voie anti-culturelle qu'il recherche tant. Fasciné par cette possibilité, il veut pouvoir "peindre en arabe".

Il s'applique alors activement à apprendre à parler et à écrire l'arabe, dans l'idée d'un deuxième séjour de six mois (novembre 1947 - avril 1948) avec l'intention de poursuivre jusqu'à Fort Lamy (Ndjamena) au Tchad : il renonce finalement à ce long voyage, s'arrête une quinzaine de jours à Tamanrasset dans le Hoggar, pour revenir séjourner plus longuement à El Goléa où il installe un atelier au dessus du bureau de poste.

S'il n'a rapporté du premier voyage que très peu de gouaches et carnets de croquis, muni d'une seule boîte de couleurs "de poche", en vue de réaliser des toiles à son retour, la récolte du deuxième séjour, pour lequel il s'équipe plus sérieusement, est abondante : nombreuses gouaches et petites peintures à la colle, carnets de croquis au crayon, à l'encre, dessins aux crayons de couleur...

Dubuffet s'emploie assidûment à saisir cet univers inconnu : Bédouins enturbannés ou en burnous, chameliers et chevriers, musiciens, joueurs de flûte, campements de toiles, chameaux, chèvres, gazelles, palmiers, oiseaux, scorpions... allant du presque réaliste à la fantaisie la plus grotesque... mais le sable l'attire plus encore, en lui le peintre trouve une matière d'un genre nouveau... Point de meilleur compagnon que le sable, on ne se lasse pas d'y plonger les mains, de le pétrir, d'y faire tracés et empreintes.
C'est ravissant les empreintes de pieds, moulés dans le sable fin comme du plâtre. Pieds d'hommes, pieds de femmes, pieds d'enfants. Pieds d'âne aussi, pieds de chèvres, pieds de chameaux. Ça ne se conserve pas très longtemps, c'est effacé par d'autres empreintes aussi ravissantes d'autres pieds. Tout le sol de l'oasis ainsi piétiné et repiétiné et rempli de marques et de signes est comme un immense cahier de brouillons, cahier d'improvisations, comme un vaste tableau noir d'école tout plein de chiffres dans lequel on vit, on s'immerge, on se dissout, on se saborde.

Les matières du désert entrent donc dans le répertoire de signes épurés que Dubuffet est en train de constituer : texture mouvante du sable, traces de pas, stries des troncs de palmiers, empreintes (la main de fatma), géométrie lumineuse des formes (silhouettes enturbannées, formes animales).

Début mars 1949 : Dubuffet retourne en Algérie pour un dernier séjour d'environ deux mois. Il s'arrête à Beni-Abbès puis à Timimoun, à El Goléa enfin. A chaque étape, il reprend ses carnets et fait quelques gouaches. A présent les choses évoquées tendent à revêtir un caractère de généralité extrême de plus en plus accusé. Elles virent aux paysages peu personnalisés, quittant les rives de l'Afrique pour chercher son appartenance à tous les sites qu'ils soient. De retour à Paris, c'est aussitôt encore ce paysage déraciné que Dubuffet s'applique à faire surgir jusqu'à le rendre indéfini, prototype de tous paysages pensables : ainsi commencent les Paysages grotesques.

De ses contacts assidus avec les Bédouins, Dubuffet est sorti quelque peu désenchanté. Plus aucun doute ne lui est resté sur le caractère illusoire des communications entre mondes de cultures différentes. Mais l'aventure du Sahara l'a pleinement marqué et elle trouvera son plein épanouissement quelques années plus tard, et portera ses fruits dans les cycles à venir.

Cette exposition est organisée à l'occasion de la réédition mise à jour du volume du Catalogue des travaux de Jean Dubuffet rassemblant les œuvres de cette période du Sahara : fascicule IV intitulé Roses d'Allah, clowns du désert.

Cette nouvelle édition du fascicule IV est augmentée d'une soixantaine de gouaches et peintures à la colle retrouvées depuis la première édition de 1967 et reproduit la quasi-totalité des carnets de croquis de Jean Dubuffet rapportés de ses voyages.

Tous ces carnets de voyages (à l'exception de celui donné par l'artiste au MoMA de New York) seront exposés à la Fondation, ainsi que des documents, une cinquantaine de gouaches, peintures à la colle, dessins et quelques rares toiles de cette période provenant de collections privées et de la collection de la Fondation.
Location: Fondation Dubuffet
137, rue de Sèvres
75006 Paris
M° Duroc
France
Phone : +33 (0)1 47 34 12 63
Fax : +33 (0)1 47 34 19 51
Internet Site : www.dubuffetfondation.com
Date: Wednesday, January 30, 2008
Time: 19:00-21:00 CET

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