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Vernissage "Ausstrahlung" de Sylvester Engbrox


La galerie VivoEquidem présente du 30 avril au 28 juin 2014 Ausstrahlung, l'exposition de Sylvester Engbrox. Le mot allemand Ausstrahlung signifie la présence d'une personne, son charisme. Le mot signifie également diffusion ou rayonnement. Les peintures de Sylvester Engbrox correspondent à cette définition, elles représentent des personnages dans des situations somme toute ordinaires, mais dont il émane une ambiguïté trouble et tenace. L'atmosphère et l'esthétique des années soixante-dix sont les rayonnements d'un monde disparu, naïf, frivole et insouciant qui éclairent le nôtre incompréhensible, sombre et angoissant.

«Quand j'ai peint ce tableau, le bras gauche du deuxième personnage ne m'allait pas, il m'a fallu en trouver un autre et c'était finalement le bras de ma fille qui faisait l'affaire.» Sylvester Engbrox est un opérateur d'images. Au lieu d'utiliser la caméra, il manie les images trouvées sur Internet, dans des revues des années 70. Il les met en action en les peignant à l'huile sur toile dans le sens de les opérer : il produit, réalise, il accomplit une action. Il soumet les images à une intervention chirurgicale. Cela ne fait pas de lui un autre docteur Frankenstein. Car ses tableaux, bien qu'il les recompose de différents visuels, ne portent pas les marques de ses interventions. Ce ne sont pas des monstres, et cela vaut aussi bien pour la dernière série montrant des corps travestis. Pourtant, elles sont unheimlich. Le mot cher à Freud désigne l'étrangeté qui habite le familier. L'opération de l'artiste, qui a trouvé sa pratique de peinture en quittant la photographie et qui se dit proche des théories freudiennes, porte sur la psyché de l'image. En opérant le corps de la peinture dans le sens de mettre en action les images qui le constituent, il cherche à rendre perceptible leur âme. L'âme d'une image, sa psyché, se résume en ce qu'elle produit comme impact sur le spectateur. Cette âme se résume dans sa Stimmung, c'est-à-dire l'état d'âme qu'elle induit, son moral. En admettant que cette Stimmung porte en elle un désir de sens, il convient de dire : sa langue. «Catkins» se traduit, comme Kätzchen en allemand (langue maternelle de l'artiste), en «chatons». On les voit, flous - l'artiste ne nie pas son affinité avec Gerhard Richter -, au premier plan du tableau, à droite. Il y a dans les deux langues un sous-entendu : catin. Ou bien, plus loin, on est tenté de penser au corbillon, le «cream cake» des filles. Dans «Catkins and Cream Cake» Sylvester Engbrox fait se rencontrer ces couches d'images pour réaliser, visuellement, une langue de désir. Son tableau lèche le regard. Comme on se lèche les babines en regardant les gâteaux. Ou comme l'écran du téléviseur lèche Max dans Videodrome de David Cronenberg (1983)1. Le spectateur est dirigé vers ses pulsions, ses a priori, ses désirs. Le mot allemand Ausstrahlung signifie la présence d'une personne, son charisme. Le mot porte aussi le sens de diffusion, de rayonnement ou bien d'émission. Strahlung signifie une ambivalence entre une force vivifiante et une force destructrice, par exemple entre les rayons du soleil et les rayons nucléaires. Sylvester Engbrox opère entre diffusion de l'image et sa présence artificielle. Son rôle ressemble à ce que Jean-François Chevrier a écrit à propos de Jeff Wall : «Derrière l'artiste comme opérateur, se profilent le scénariste et l'auteur-réalisateur.»2 En s'exposant à la Ausstrahlung des nouveaux tableaux de Sylvester Engbrox - et d'aquarelles qu'il réalise depuis peu en intensifiant l'expérience du lèchement de l'image -, on entre en scène, sa scène, peuplée d'images. Et l'on apprend quelque chose sur leur fonctionnement aussi bien que sur la raison de leur promiscuité sexuelle.

J. Emil Sennewald, 2014

1) W.J.T. Mitchell: What Do Pictures Want? : the lives and loves of images,
Chicago, Ill: Univ. of Chicago Press 5th print 2009, p. XV sq.

2) Jean-François Chevrier: Jeff Wall, Paris: Hazan 2006, p. 14.

Sylvester Engbrox
Né en Allemagne en 1964, Sylvester Engbrox quitte les Arts décoratifs de Düsseldorf pour s'installer à Paris. Il suit les cours de l'École Nationale de la Photographie d'Arles et participe à plusieurs projets photographiques et cinématographiques. Compositeur de musique électronique (fondateur du label indépendant HLM), il n'a cessé de peindre depuis le début des années quatre-vingt-dix. C'est aujourd'hui sa principale activité. C'est sa quatrième exposition personnelle à la galerie VivoEquidem qui a édité deux publications sur son travail.

J.Emil Sennewald
Critique d'art et journaliste indépendant, membre d'AICA France, il travaille à Paris pour le compte de différents journaux et revues, dont Kunst-Bulletin (Zurich, Suisse), Springerin (Vienne, Autriche), Kunstzeitung, Kunst & Auktionen, Weltkunst, Die Zeit (Berlin, Allemagne), Roven (Paris). Il a enseigné à la Kunstakademie Düsseldorf et à la Zürcher Hochschule der Künste (Zürich). Actuellement, il est professeur de philosophie à l'École supérieure d'art de Clermont Métropole (ESACM) et chargé de cours à la F+F Kunstschule (Zürich) et à l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Il est membre de l'équipe d'accueil EA 182 à l'université Paris 3 et cofondateur du projet «Arts et science en recherche transversale Erkundungen in Kunst und Wissenschaft». Il est membre du comité scientifique de la revue de critique de l'image Rheinsprung 11, publiée à l'université de Basel. Il est propriétaire et animateur, avec son épouse Andrea Weisbrod, du project room parisien «Café au lit».

Vernissage "Ausstrahlung" de Sylvester Engbrox
Catkins and Creams cake, huile sur toile, 114 x 146 cm, 2014
Location: Galerie VivoEquidem
113, rue du Cherche-Midi
75006 Paris
M° Duroc, Falguière, Montparnasse - Bienvenüe
France
Phone : +33 (0)9 61 26 92 13
Mail : galerie@vivoequidem.net
Internet Site : www.vivoequidem.net
Date: Tuesday, April 29, 2014
Time: 19:30-22:30 CEST

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