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Présentation des projets "Une colline" et "L'Aquilla" de Veit Stratmann


Project-room de la galerie / Sols fixes-sols modulaires / Dessins Du 24 mai au 28 juin 2014.

Une Colline et L'Aquila, propositions de « projets irréalisables », ont été initiés par Veit Stratmann à la suite d'une commande de l'ANDRA (Agence Nationale de Traitement des Déchets Radioactifs) qui lui a été passée à l'été 2011. Invité à concevoir un dispositif destiné à maintenir, pour les générations futures, la mémoire du centre de stockage de déchets radioactifs de l'Aube, la proposition de Veit Stratmann a pris la forme d'une "étude" artistique articulée autour de la notion de lieu « hors temps ». Constitué d'un questionnaire regroupant les questions soulevées par l'artiste dans le développement de sa réflexion, d'une description textuelle du dispositif plastique imaginé, et d'une vidéo de simulation 3D, ce projet explore les points de possibles et d'impossibles convergence du geste artistique, de l'action politique et de son inscription dans l'espace collectif.
Faisant suite au projet de l'ANDRA, L'Aquila, proposition portant le nom de ville italienne suspendue dans l'inertie d'un temps empêché depuis le tremblement de terre qui l'a frappé en 2009, a fournit a l'artiste un nouveau cadre expérimental pour prolonger sa réflexion sur les « non-espaces » et redéfinir les modalités de son intervention artistique, entre projection et concrétisation. La restitution verbale du trajet réflexif de l'artiste sous la forme d'une lecture, constitue un autre volet de ces deux propositions pensées dans les termes d'une suite de gestes et de décisions valant comme un « possible » a actualiser à travers l'espace et le temps politique de la parole.
Comment répondre à des « lieux hors temps », désynchronisés de l'expérience humaine, par une forme spatialisée et temporalisée, autrement dit par une forme capable de rendre « lisible » un point de rupture de sens ? Comment activer du temps humain et introduire une prise de conscience à l'intérieur d'espace neutralisés ? Comment équilibrer le rapport de force structurel qui existe entre la posture de l'artiste, nécessairement autonome et réfractaire à toute forme d'instrumentalisation, et celle de citoyen, « au service de » ?
Une Colline, puis L'Aquila ont ainsi suscité chez Veit Stratmann une série d'interrogations sur la « tenabilité » éthique de sa propre position d'artiste ayant à prendre en charge un problème « extra-artistique ». En élaborant le cadre réflexif de son intervention Veit Stratmann a évalué les possibilités d'agir face à un contexte spatialement, et politique incohérent ; les apories et contradictions rencontrées ont ainsi ouvert à la nécessité de « faire forme » à partir de ses propres impossibilités. L'une des décisions prise par l'artiste consistant alors à maintenir son intervention à l'état virtuel et à inclure son cheminement réflexif comme composante de sa proposition. La crise perceptive induite par un territoire qui neutralise toute possibilité de produire du sens, et la problématique soulevée par la transmission de sa mémoire, acte d'inscription du sens, a trouvé dans le cadre du centre de traitement del'Aube une résolution dans l'espace et la temporalité du rite. L'idée, élaborée par Veit Stratmann, qu'une perte de mémoire, induite par l'alternance générationnelle, peut être équilibrée par une augmentation proportionnelle du volume du territoire vient ainsi inscrire la production d'une forme dans sa qualité d'événement : le rehaut prévu du terrain sous lequel se trouve stockée la matière radioactive, et ce, à partir d'un prélèvement sur un terrain avoisinant, affecte le paysage à titre d'une « blessure ». Le trou formé par le prélèvement, proportionnel à la colline, vient alors rendre lisible sur le territoire la densité de la fracture de sens produite par cette portion d'espace et de temps « enlevée » à la société par l'industrie du nucléaire.
A la suite du projet de l'ANDRA, Veit Stratmann a poursuivit sa réflexion dans le contexte de son expérience à l'Aquila, ville du sud de l'Italie abandonnée depuis le tremblement de terre de 2009. Véritable puctum urbain, l'Aquila figure, selon l'artiste, une « gigantesque rupture de sens » impliquant « l'impossibilité de synchroniser sa temporalité d'être humain avec une ville qui semble être tombée hors du temps ». A l'Aquila, la désintégration des structures sociales et de l'espace politique est structurellement souligné par l'exo-squelette recouvrant tous les bâtiments de la ville. Cette imposante armature d'échafaudages, légitimée par une politique de sécurisation proprement incohérente puisqu'elle a absorbé toutes les ressources prévues à la reconstruction, fonctionne comme un dispositif d'empêchement marquant physiquement aux population repoussées à la périphérie dans des habitations de fortunes, l'interdiction de revenir habiter dans la ville. A l'intérieur de ce contexte urbain gelé, Veit Stratmann a analysé la position artistique la plus appropriée lui permettant de donner à son geste une « fonction » objective et d'ouvrir à une responsabilisation dans la prise de contact avec l'espace. L'artiste a alors imaginée un dispositif de filtrage pour introduire une dimension politique dans l'acte d'entrer dans la ville et en même temps rendre lisible l'absurdité de son état actuel de ville « empêchée ». Associant des barrières lumineuses à certains points d'entrée de la ville à un compteur permettant de chiffrer le nombre de personne en présence dans l'espace circonscrit, la proposition conçue par Veit Stratmann est toutefois présentée par l'artiste comme « irréalisable » d'un point de vue éthique. Sa concrétisation nécessiterait en effet l'accord de la ville pour être rendue effective (à ce niveau, le projet bascule dans« la » politique), comme celle d'un public que l'état désertifié de l'Aquila ne peut faire entrer en jeu. Ce dispositif reste donc à l'état virtuel, celui d'un réservoir de possibles contradictoires, seul à même de traduire ce point de non-adhérence entre l'individu et le territoire, entre l'agir politique et l'intervention artistique. La restitution écrite de ces réflexions, ainsi que des photographies commentées documentant son expérience constituent ainsi la proposition artistique sous une forme questionnante, non-réconciliée avec son contexte.
Texte de Clara Guislain

Veit Stratmann. Présentation des projets « La colline » et « L'Aquilla ».
Location: Galerie Chez Valentin
9, rue Saint-Gilles
75003 Paris
M° Chemin Vert
France
Phone : +33 (0)1 48 87 42 55
Fax : +33 (0)1 48 87 44 35
Mail : galerie@galeriechezvalentin.com
Internet Site : www.galeriechezvalentin.com
Date: Saturday, May 24, 2014
Time: 18:00-21:00 CEST

id : 57362


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