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Vernissage de Jean-Paul Chambas


du mardi 8 octobre au 2 novembre 2014
Vernissage le mardi 7 octobre à partir de 18h

UNE PEINTURE INQUIETE

Il est difficile de peindre d'après nature à notre époque. Jean-Paul Chambas ne l'ignore pas, qui sait penser, analyser, écrire, faire valoir ses choix et rejeter les solutions des autres, lorsqu'il s'agit de creuser les vertiges familiers du visible. C'est globalement sur le principe d'une vision métaphorique du réel, entre esprit et référent, que réside son credo, après avoir excellé dans l'art allusif du portrait iconique, les scènes de genre, le décor de théâtre, les résurgences mythologiques, les rites domestiques, les échappées expressives, la tauromachie... Chez lui, on l'aura saisi, le rapport à la réalité n'épouse pas un processus convenu, mais procède d'une allégorie mentale et d'un quantum d'associations d'idées et de formes, en adéquation avec les symboles disséminés à dessein sur ses toiles, la plupart du temps de grand format.

Combinant avec à propos expressionnisme et baroquisme, dispositifs ludiques et glissements oniriques, foisonnement et renoncement, mémoire et langage, familier des poètes et des hommes de théâtre, requis par le renouvellement des pouvoirs de l'image, il n'a pas hésité à prendre des risques dans son appropriation des apparences, en revendiquant son indépendance et sa fidélité à l'acte pictural. Ceci au fil d'une narration à tiroirs, sinon à épisodes, soutenue par une écriture mordante, dont les séquences se prolongent dans l'imaginaire.

Et si certains ont tendance à vouloir enclore les artistes au sein d'une époque ou d'un répertoire iconographique, comme s'ils entendaient canaliser leur créativité, c'est peine perdue avec Jean-Paul Chambas. Sa fièvre picturale composite le conduit à explorer toutes les sollicitations de son être intime, toutes les ressources de sa palette éruptive, toutes les intensités de la forme et de la chromie, assorties de tous les élans de son affectivité, confortés par son tempérament d'homme du sud.

Récemment, sans que rien ne le laisse supposer, il n'a pas déserté ses figures emblématiques et ses références littéraires, mais il s'est immergé dans l'humus avec une fraîcheur roborative et le même plaisir d'arpenter d'autres territoires. « La nature est muette si on ne la fait pas parler » assurait Benedetto Croce. Alors, s'éploient sous la verve de son geste volontaire et surveillé, des paysages arborés à la végétation frémissante, peuplés de silhouettes féminines et masculines, qui induisent des récits à décrypter, tant abondent les interprétations et les énigmes à dénouer. Par exemple, ceinturés par des montagnes, trois personnages auprès d'un loup, paraissent attendre Godot voire fomenter quelque jeu de piste, pendant que sur la marge du tableau, se tient un homme debout à l'air narquois et laconique, en lequel nous reconnaissons Jack London. Plus avant, une très jeune fille, sorte de Petit Chaperon Rouge, semble indifférente à la compagnie elle aussi distante, d'un Buster Keaton assis sur une chaise manipulant une hachette, dont elle ne perçoit pas la menace. Plus loin, encore, une jeune femme en pied, de dos face à l'océan agité, ne nous offre que sa présence gracile et solitaire.

Dans d'autres toiles, toujours à l'intrigue discontinue, parfois hantées d'une femme à la chevelure laiteuse dans une posture équivoque, s'installe une étrange dramaturgie. Les herbages sont ventilés par une force inconnue, et les ciels en surplomb irradient des lueurs crépusculaires nimbées d'une luminosité trop crue, qui annoncent l'imminence d'une possibilité tourmente. Le charme bucolique est ici illusoire, la nature peut se montrer vénéneuse.

La technique employée est fallacieusement simple. Le peintre peint d'abord ses fonds, puis se dessine ses motifs, de temps à autre empruntés à des livres ou des revues, sur des bribes de papier calque, ensuite les découpe, les détoure et les colle, avant de les transférer sur ses supports et de commencer à les travailler à l'huile ou à l'acrylique. On constatera conjointement, combien le trait de l'artiste, précis et enlevé, délié ou charbonneux, joue un rôle déterminant dans le dosage des parties et leur respiration interactive, à tel point qu'il est à même d'assumer largement son autonomie. En outre, il permet parallèlement à la matière et à la couleur, de prendre leur juste place et de préserver l'équilibre des opposés.

Finalement, Jean-Paul Chambas déclare ne pas savoir ce que racontent ses histoires en raccourci, et il ajoute, maniant le paradoxe : « une histoire se fait jour, qui n'est pas la mienne, mais qui est aussi la mienne ». Néanmoins, le regard qu'il porte sur ses semblables et sur la nature, n'est autre que celui qu'il porte sur lui-même. Et ce regard plus inquiet que paisible, est celui d'un peintre rare et exigeant, qu'on ne présente plus.

GERARD XURIGUERA

Vernissage de CHAMBAS
Location: Galerie Detais
10&39, rue Notre-Dame de Lorette
75009 Paris
M° Saint-Georges
France
Phone : +33 (0)1 45 26 40 54
Mobile : +33 (0)6 34 29 40 82
Mail : galerie@galeriedetais.fr
Internet Site : www.galerie-detais.com
Date: Tuesday, October 7, 2014
Time: 18:00-21:00 CEST

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