Agence Germain Pire

Home

Bottom

Day



Vernissage de Gregory Cumins "WHAT YOU SEE"


VERNISSAGE SAMEDI 12 mars - 15h-21h
Exposition 12.03.2016 -> 23.04.2016

Texte de Laurent Boudier

Bien davantage que par la peinture, l'apparition de la photographie, au tournant du 19ème siècle, aura fortement perturbé l'essence même du dessin. Sa ligne descriptive et sa capacité de captation au plus intime moment trouvait en effet un rival aussi bien dans la saisie que dans l'attrait des épreuves qui en résultait, puisque très vite, la photographie s'octroyait le même médium, le papier. Au fil du temps, ce patrimoine que l'on pourrait nommer de génétique, ne se départagera guère, puisque aujourd'hui même, la nomenclature usuelle des arts graphiques conduit à celui du même territoire commun de la numérisation.

C'est sur ce compagnonnage historique, et factuel, que vient se placer le travail de Gregory Cumins comme bien des artistes de sa génération. Ainsi, dès les premiers portraits, les Black Portraits, encore nommés Entre Autres, réalisés en 2004 et 2005, il réintroduit le procédé sériel qui consiste à réaliser une suite de portraits au réalisme photographique, saisis à la même distance, dans un même format carré (150 x150 cm) où anonymat et célébrité se fondent dans une documentation guère éloignée des essais photographiques d'un Helmar Lerski qui réunit, en 1931, dans son ouvrage Köpfe des Alltags (Têtes de la vie quotidienne), une galerie de visages que seule la photographie hisse en genre remarquable. Les Black Portraits de Gregory Cumins usent d'une même distinction - prélever, assembler, classer et offrir un bouquet de visages issus d'une génération - des jeunes hommes ou femmes dont les traits, montrés sans affect s'apparient à leurs seuls prénoms, Marie, Charlotte, Esther, Natsuko ou Stanislas. Captation qui se double d'un travail de recouvrement puisque chaque portrait est entièrement recouvert d'un lai uniforme d'encre de Chine à la teinte noire translucide, suggérant une attention de l'œil : c'est par ce ton sombre, continu, et semblable à une note infra-basse, que notre empathie est sollicitée, sentir et ressentir le merveilleux modelé du temps. Comme si l'œil découvrait à tâtons un visage qui se découvre et s'enfuit à la fois.

Ce va et vient, d'apparition et d'extinction est, me semble-t-il, l'un des mouvements qui anime sans cesse tout le travail de Gregory Cumins. Allégorie de la position d'un artiste à l'abri dans son atelier berlinois, loin de la rumeur du monde et dont l'écho s'atténue et se frange dans la confidence d'une œuvre rêveuse et ténue ? Les dessins récents que montre la galerie de Roussan sous le titre de Séquence appuie cet effet de retrait, fait de faux mouvements, de départ impossible, de sur-place existentiel, ou le dessin de deux silhouettes de personnages urbains, isolés dans la feuille de papier, et très légèrement décalés, s'unissent dans un petit tremblement graphique.

Le titre de Séquence semble renvoyer à une suite. Celle de captations oculaires, entre deux battements de cils, évocation et révocation d'un sujet banal saisi par rapide coup de l'œil. Mais la gravure nette du trait et du dessin finit quand même par imposer un vaporeux effet d'indécision formelle, sketch et esquisse, semblable à une écriture déjà inscrite et sur laquelle l'artiste n'aurait qu'à surligner les intentions. D'où l'effet d'un gymnick visuel : on dirait le prologue d'une narration inaugurant un grand destin pour ces personnages discrets, souvent campés de dos. Où va cet homme ? Que fait ce teenager au sol ? Où s'enfuit celle-là au lointain ? Faits divers ou anecdote ? A peine se pose-t-on la question que l'on comprend que le mobile est vain, que la narration s'abîme avec le bégaiement de sa forme plus conceptuelle, sans lien avec une action cinématographique (bien que les habits soient d'aspect contemporain, t-shirt de sport et compagnie) ou d'une finalité de récit. L'œil reste à l'orée de ces spectres, petits fantômes urbains, qui dansent dans la page, s'évaporent et laisseront très vite l'empreinte furtive de leur passage. Un temps infini pour un tout petit temps qui s'apprête déjà à mourir. Gregory Cumins dessine très bien ce déjà : mot ou trait court, essentiel, qui fixe le maintenant et déjà le hier...

Vernissage de Gregory Cumins "WHAT YOU SEE"
Location: De Roussan Art Projects
Galerie de Roussan
47, rue Chapon
75003 Paris
M° Arts et Métiers, Rambuteau, Etienne Marcel
France
Phone : +33 (0)9 81 28 90 5
Mail : contact@deroussan-artprojects.com
Internet Site : www.galeriederoussan.com
Date: Saturday, March 12, 2016
Time: 15:00-21:00 CET

id : 75280


Top