Agence Germain Pire

Home

Bottom

Day



Vernissage d'Ethan Greenbaum + Aaron Siskind


À l'occasion de la nuit des galeries de la FIAC, pact est heureux de vous convier au vernissage de "Cold Frame", la première exposition personnelle en Europe d'Ethan Greenbaum.

En référence à l'inspiration de l'artiste pour la photographie, les oeuvres de Greenbaum dialogueront avec une pièce historique du photographe américain Aaron Siskind (Galerie SAGE).

Au centre de la pratique d'Ethan Greenbaum se trouve un processus d'intrusion. Lors de ses promenades dans la ville, l'artiste croise les vestiges de chantiers de construction, des fragments de matériaux provenant d'immeubles, des couches éphémères écaillées - des surfaces qui autrefois masquaient ou se trouvaient sous les édifices, ou bien derrière les échafaudages. Lors de ces promenades, Greenbaum ne joue pas le rôle du flâneur, mais au contraire celui d'un transgresseur à l'intérieur même de ces espaces spécialisés. Il prend d'abord des clichés de ces incursions qu'il manipule ensuite numériquement dans son atelier. Il ajuste leur contraste et leur saturation avec toujours dans l'idée de préserver leur côté ready-made. Ces photos sont le résultat de méthodologies d'impression qui brouillent nos idées préconçues quant à leur origine et leur

présente localisation - C'est un langage visuel à l'échelle de la rue, de la ville horizontale, qui permet à Greenbaum d'accentuer la manière dont les matériaux dépeignent leur propre tangibilité. L'image d'une brique imprimée sur du Plexiglas®, par exemple, est tout à fait à même de transmettre l'immanence de la brique. Cette transmission passe par la texture grêlée, les variations de surface, et par le côté tactile du mortier qui suinte entre les veines.

L'artiste augmente cette profondeur optique en sculptant numériquement les surfaces selon la plage de valeurs inhérente à chaque image. Des zones d'ombre qui peuvent être lues (par des logiciels 3D) comme de la profondeur peuvent être en réalité surélevées topographiquement, créant ainsi une dissonance entre la perception de la machine et la nôtre.Greenbaum ne s'arrête pas là. Il imprime ensuite l'image source par-dessus ces découpes de substrats, créant à présent une tension entre le zénith de la surface et les zones qui ont été découpées en profondeur. Les procédures a priori sans logique de cette détoureuse numérique se superposent avec les couleurs voluptueuses des impressions. Ce procédé crée une tension tactile accentuée par l'utilisation de matériaux réfléchissant, de déplacements scalaires, et d'une pixellisation exagérée, qui ensemble nous confortent dans le fait que ce n'est pas une simple documentation, mais bien un questionnement et une reformulation du sujet originel.

On trouve, dans l'intérêt de Greenbaum pour tout ce qui est en transition, un passage vers les glissements de la ville contemporaine. La façon dont nous passons du temps dans des structures altérables et des positionnements temporaires - qui deviennent rapidement les ruines d'une époque révolue - est analogue à la démarche d'Aaron Siskind dans ses photographies en gros plans de vestiges. La décision d'inclure l'Alcoman (1950) de Siskind dans l'exposition permet au visiteur de contempler ce que Siskind appelait la rédemption de la ruine. Dans cette photographie, Siskind met en avant le résiduel, mais une question plus fondamentale se pose : comment les éléments du passé participent à la construction de nos expériences présentes ?

Planant au-dessus du bureau dans l'exposition de Greenbaum, la photographie en noir et blanc de Siskind suscite des congruences entre la photographie moderne et la pratique contemporaine de Greenbaum. Alcoman offre un véritable point de contraste pour la plupart des transformations matérielles de la photographie de ces neuf dernières années. Pendant cette période, des artistes comme Greenbaum ont pris l'image photographique comme point de départ pour explorer les différentes facettes de la peinture, de la sculpture et de l'installation. Bien que ses plans rapprochés aient été considérés comme une posture radicale à son époque, le travail de Siskind reste traditionnel par sa rétention de l'image sous la surface purement picturale, et sa reproduction sur le papier photo.

Greenbaum se débarrasse de la séparation traditionnelle entre ce qui se trouve au-dessus et en-dessous de la surface picturale. Que ce soit sur Plexiglas®, bois, ou sur Corian®, il imprime fréquemment ses photographies sur les deux faces de son support et utilise leur non-alignement pour amplifier la profondeur sculpturale.

Greenbaum, en d'autres endroits, ne semble pas se préoccuper de la profondeur physique et procède à ces intrusions dans l'image à travers l'illusion. Une grande installation photo occupe deux murs entiers à l'une des extrémités de la galerie. Greenbaum qualifie ces grands rouleaux de vinyle tendus sur les murs, de papier peint. Ce ne sont pas les qualités décoratives du papier peint qui l'intéressent. C'est davantage le fait de mettre en avant les qualités instables de l'image au sein même du tissu urbain. Nous sommes habitués à la manière dont la matérialité des bâtiments enveloppe et renferme l'espace urbain tout en restant largement invisible. Le papier peint de Greenbaum présente l'image d'une maison en construction.

C'est un jeu sournois et absurde autour de notre compréhension de l'illusionnisme dans toute sa limitation bidimensionnelle. Lorsqu'il photographie de la mousse isolante bleue et jaune, nous sommes conscients qu'il s'agit ici d'une œuvre d'art aboutie dont le sujet est une structure non aboutie. La photo d'une fenêtre, un des éléments aboutis de la construction, juxtaposée au sentiment d'incomplétude de la mousse, met au défi notre désir de regarder à l'intérieur de l'œuvre d'art. Dans cette installation, nous sommes forcés d'accepter la porosité de l'image en tant que telle, c'est-à-dire séparée de la sujétion à une image immersive ou à un arrière-plan sans conséquence.

Greenbaum se plait à montrer comment l'image est à la fois presque une illusion de sa source ; comment elle est elle-même ; et aussi un matériau qui peut servir à dissimuler par moment. Ces formes de manœuvres élastiques sont ce qui permet à ces œuvres d'interagir avec le paysage visuel de notre temps présent, au lieu de simplement le dépeindre. Ce n'est non pas ce qui fait de ces travaux un processus de rédemption de la ruine, mais plutôt un jeu autour du malaise, dans lequel l'étrangeté du transfert nous prend par surprise.

Andrianna Campbell
A propos d'Ethan Greenbaum
pour Galerie pact, 2016

Vernissage d'Ethan Greenbaum + Aaron Siskind
Ethan Greenbaum
Carbon, 2016 (Detail)
Direct to substrate print on routered acrylic
78.5 x 122 x 1.3 cm. - 31 x 48 x 0.5 in.
Courtesy pact and the artist
Location: Galerie pact
70, rue des Gravilliers
75003 Paris
M° Arts et Métiers
France
Phone : +33 (0)1 77 17 23 08
Mobile : +33 (0)6 27 01 08 66
Mail : info@galeriepact.com
Internet Site : www.galeriepact.com
Date: Thursday, October 20, 2016
Time: 18:00-21:00 CEST

id : 79781


Top