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Vernissage de Pavlos "Dans la vie on a toujours besoin d'un balai"


Vernissage le mercredi 14 décembre 2016, de 18h à 21h
Exposition du 14 déc. 2016 au 11 fév. 2017

Vernissage de Pavlos "Dans la vie on a toujours besoin d'un balai"

C'est au début des années 60, « face à la logorrhée abstraite qui s'est emparée de la peinture »1, que Pavlos décide de s'orienter vers un matériau « objectif ». Après avoir découvert les affiches du métro parisien, le peintre entame son travail de sculpture en utilisant des affiches massicotées recueillies auprès d'imprimeries.
Si Pavlos se distingue des affichistes du Nouveau Réalisme, c'est parce qu'il choisit de travailler la tranche du papier. Pierre Restany a d'ailleurs écrit qu'« on croyait que tout avait été dit sur l'affiche jusqu'au jour où Pavlos apparut. »2 En effet, ce dernier révèle la chair d'un matériau aux « possibilités d'expression infinies »3.
L'artiste « coupe [le papier imprimé], le tord, mais ne le froisse jamais »4, au contraire, il est parfois contraint par le mouvement dicté par la matière.
En marge du retour au réel (Pop Art) et de la « nouvelle approche perceptive du réel »5 (Nouveau Réalisme), la démarche de Pavlos « n'est pas dogmatique et ne suit aucun programme. Elle consiste juste à dire : "Regardez ! Ici aussi il y a de la beauté !" »6
C'est à partir de 1966, après que Pavlos eut terminé sa série Baroque, qu'il commença à suggérer dans ses œuvres les structures d'objets du quotidien. « Soulignant la similarité des rythmes des bandes d'affiches massicotées et d'un dessin implicite, il organise leur répartition sur la toile jusqu'à faire coïncider le mouvement du papier avec l'image d'objets du monde réel. »7

Dans cette exposition, pas de figure humaine, pourtant, l'homme est bien présent « à travers les objets représentés ».8 Verre, bouteille, tasse, veste, chemise... Autant d'objets du quotidien. Ceux que l'usage façonne et que l'empreinte de leur propriétaire marque.
Ces objets quotidiens peuvent être scindés en deux catégories: « l'objet cosmocentré ou protocolaire »9 et « l'objet biocentrique ou biographique ».10 Le premier, destiné à être remplacé, se caractérise par la brièveté de son passage dans un intérieur, tandis que le second est intrinsèquement lié à l'intimité de son propriétaire. « Les objets usuels [...] sont en symbiose vivante avec leur possesseur ; [...] ils vieillissent au même pas que lui, ils s'incorporent à la durée de ses activités. »11

« Dans la vie on a toujours besoin d'un balai » ne confine pas l'objet à sa stricte utilité, au contraire, l'exposition invite à découvrir les objets biographiques de Pavlos. Leur représentation le « rapproche curieusement davantage de l'humain que [s'il] cherchait à le représenter directement. »12 En concrétisant les images mentales de l'objet, l'artiste met l'universalité de l'objet en regard de son individualisation. C'est ainsi que « la relation intime sujet/objet [dépasse] le seul rapport technique et gestuel. »13 A ce titre, Pavlos explique que lorsqu'« un objet [lui] fait penser à quelqu'un, [il est] beaucoup plus près de cette personne que lorsqu'elle se trouve en face de [lui]. »14

Georges Perec, à propos de sa table de travail, confesse « que les objets qui [y] sont, [...] sont là parce qu'[il] tient à ce qu'ils y soient. »15 A l'instar de l'auteur dans ses « Notes concernant les objets qui sont sur [sa] table de travail », Pavlos s'est interrogé sur les objets de son environnement créatif et a ainsi réalisé en 1994 une installation intitulée « L'atelier de l'artiste ».

Pavlos prélève, dans le quotidien, des objets à résonance poétique. Libre à chacun de les « rempli[r] avec ses désirs et ses rêves. »16 Malgré le processus d'accumulation, chaque objet biographique est un repère : « Le temps qui passe, selon Perec, [...] dépose des résidus qui s'empilent ; des photos, des dessins, des corps de stylos-feutres depuis longtemps desséchés, des chemises, des verres perdus, des verres consignés, des emballages de cigares, des boîtes, des gommes, des cartes postales, des livres, de la poussière et des bibelots : c'est ce [qu'il] appelle [sa] fortune. »17 Dans un souci d'universalité, Pavlos représente des objets qui n'appartiennent pas à un individu en particulier. Comme dans une vitrine « qui sépare le monde réel d'un monde imaginaire [...] les objets sont là, accessibles, mais seulement pour le regard. »18

Plus largement, les objets du quotidien ont une portée sociale en ce qu'ils « peuvent devenir des signes distinctifs des groupes qui les utilisent »19, mais pas seulement. A l'échelle individuelle, ces objets atteignent parfois le statut d'objets dits souvenirs. Ils deviennent « des "objets d'affection" dans la mesure où les sentiments sont au principe de l'attachement qu'on leur témoigne et qu'il paraît impossible à leurs détenteurs de s'en séparer. »20

Malgré la variété des objets quotidiens, aussi « nombreux [...] [que] les espèces naturelles peuplant le monde »21, la sélection de l'exposition s'est portée sur des œuvres de Pavlos représentant des objets à la charge intimiste. Certes, ces témoins de l'humaine condition soutiennent nos habitudes, mais parfois ils dépassent le champ fonctionnel pour gagner l'affection, symboliser un souvenir et formaliser des aspirations. Les œuvres de Pavlos contiennent tous ces aspects, et plus encore. Pavlos ne réinvestit pas seulement le réel par l'objet, il réussit « à refaire le monde. »22

* « Dans la vie on a toujours besoin d'un balai », extrait du texte de Pavlos publié dans l'ouvrage Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006.


1/ Catalogue de l'exposition Pavlos, 30 ans de papier, Chapelle de la Sorbonne, Editions Lannoo Tielt, 1992, préface de Daniel Abadie.
2/ Ibid. Citation de Pierre Restany, p. 60, après le salon des Réalités Nouvelles (1963).
3/ Ibid. Citation de Pavlos, p. 60, « J'avais tellement de plaisir à manier ce matériau que, avec le temps, le matériau lui-même révélait des possibilités d'expression infinies. »
4/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006
5/ Définition du Nouveau Réalisme par Pierre Restany (Premier manifeste, octobre 1960 / 40° au-dessus de dada, juin 1961).
6/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006
7/ Catalogue de l'exposition Pavlos, 30 ans de papier, Chapelle de la Sorbonne, Editions Lannoo Tielt, 1992, préface de Daniel Abadie.
8/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006. « On ne trouve aucune figure humaine dans aucun de mes travaux. La présence de l'homme y est cependant constante à travers les objets représentés. »
9/ MORIN, Violette, L'objet biographique, Communications/ Ecole pratique des hautes études - centre d'études des communications de masse / Année 1969 Volume 13 Numéro 1 pp. 131-139, Fait partie d'un numéro thématique : Les objets.
10/ Ibid.
11/ Ibid.
12/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006. « Fabriquer une cravate ou une paire de chaussettes, me rapproche curieusement davantage de l'humain que si je cherchais à le représenter directement. »
13/ BONNOT, Thierry, L'Attachement aux choses, CNRS Editions, coll. « Le passé recomposé», 2014, 240 pages.
14/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006. « Quand un objet me fait penser à quelqu'un, je suis beaucoup plus près de cette personne que lorsqu'elle se trouve en face de moi. »
15/ PEREC, Georges, Penser/Classer, 1985, Essai intitulé « Notes concernant les objets qui sont sur [s]a table de travail », Collection « La Librairie du XXIe siècle », Editions du Seuil, 2003, 192 pages.
16/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006. . « Ils [les objets] n'appartiennent à personne en particulier et chacun les remplit avec ses désirs et ses rêves. »
17/ PEREC, Georges, Espèces d'espaces, 1974, Collection « L'espace critique », Editions Galilée, réédition de 2000.
18/ PAVLOS, Chirossophos, Collection « L'art en écrit », Editions Jannink, 2006. « Le plexiglas n'a pas seulement une fonction protectrice dans mes œuvres, il est comme la vitrine qui sépare le monde réel d'un monde imaginaire. »
19/ DASSIE, Véronique, Objets d'affection, Ethnologie de l'intime, 2010, Le regard de l'ethnologue n°22, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques.
20/ Ibid.
21/ BOUDON, Pierre, Sur un statut de l'objet : différer l'objet de l'objet, Communications Année 1969 Volume 13 Numéro 1 pp. 65-87. Fait partie d'un numéro thématique : Les objets.
22/ Catalogue de l'exposition Pavlos, 30 ans de papier, Chapelle de la Sorbonne, Editions Lannoo Tielt, 1992, préface de Daniel Abadie.

Vernissage de Pavlos "Dans la vie on a toujours besoin d'un balai"
Location: Sobering gallery
87, rue de Turenne
75003 Paris
M° Saint-Sébastien - Froissart
France
Phone : +33 (0)9 66 82 04 43
Mail : contact@soberinggalerie.com
Internet Site : www.soberinggalerie.com
Date: Wednesday, December 14, 2016
Time: 18:00-21:00 CET

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