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Vernissage d'Annabelle Arlie "RGB"


EXPOSITION
17 novembre - 17 décembre 2016

VERNISSAGE
Jeudi 17 novembre, 18h - 21h

Première exposition personnelle d'Annabelle Arlie à la galerie.

NOT UNUSUAL
Usages et affections dans l'oeuvre d'Annabelle Arlie
Par Dorothée Dupuis

C'est étonnant mais il se trouve que l'oeuvre d'Annabelle Arlie, toute matérialiste, graphique et plastique qu'elle soit, est sans doute avant tout une pratique conceptuelle. Conceptuelle par la façon dont elle défie aujourd'hui les moyens de production et de diffusion du monde de l'art contemporain, entre isolationnisme forcené (géographique et social) et connexion extrême (wifi, 4G, réseaux sociaux).

Annabelle prétend qu'elle n'a rien à dire sur son travail. Qu'elle n'en connaît pas les sources, la provenance, l'inspiration. Qu'elle ne peut pas commenter. Pourtant d'où vient l'imagination ? Certainement justement de cela, d'un certain vide, d'un espace mental à prendre. De l'enfance modeste, du goût qui naît de la non-conscience du style, du kitsch provincial qui fait surgir la beauté et la tendresse dans les moments de rudesse, d'inculture ou d'isolement. D'un rapport différent au temps, à la trouvaille, à l'exotisme. À la classe, aussi. Au désir consumériste vu depuis Tarbes, où elle a fait ses études d'art, jusqu'aux galeries d'art chics et aux institutions sérieuses du monde entier, de Los Angeles à Berlin, de Londres à Dallas, de Pau à Paris, où elle expose ses sculptures, souvent produites à distance par des protocoles d'assemblages prédéfinis et qui deviennent partie intégrante du travail.

Annabelle vit à Guéthary, un tout petit port situé dans le Sud-Ouest, au bord de l'Atlantique. Elle en est tombée amoureuse, dit-elle, loin des mondanités d'un Paris "pas pour elle". Son Instagram est une sorte de telenovela à la fois taiseuse et voyeuriste où stills de films culte des années 90, photos personnelles et œuvres d'artistes admirés et religieusement repostées, voisinent selfies déconstruits et photos de studio minute, présentant des œuvres photographiées à la Contemporary Art Daily mais souvent destinées à la poubelle après leurs 15 minutes de célébrité, comme me le confiait une fois l'artiste - désillusionnée mais réaliste. Sculptures à l'intuition : les "trois merdasses" de la fameuse histoire de la sculpture en école d'art empilées pif, paf, pouf, avec désinvolture et un sens du style inimitable.

Du fait de l'isolement, Annabelle chine les objets qui composent sa pratique de studio dans les vide-greniers et brocantes locales, sur Amazon.com ou dans les boutiques de décoration bon marché qu'on trouve maintenant dans chaque centre commercial de ville de province. Récemment, elle complète ses assemblages avec des impressions sur papier, bâche ou tissu de visuels banals glanés sur Internet, dans des banques d'images ou dans le scroll infini de Google Image, dans un curieux jeu de superpositions visuelles jouant d'un anthropomorphisme subtil mais assumé. Le mobilier constitue une des bases de son vocabulaire - chaises de bureau, au plastique standard, étagères en rotin, tabourets de bois exotique - tout comme les objets servant d'extension au corps : béquilles, supports pour Ipad ou téléphone portable, selle équestre et dans cette exposition en particulier, une Chistera, sorte de prolongation d'osier utilisée par le joueur de pelote basque. La prothèse semble symboliser un rapport au soi modifié où la technologie, de la plus primitive à la plus "designée", vient pallier nos défaillances autant que faciliter notre rapport au monde. L'ergonomie à la rescousse d'un vivre ensemble menacé ; les limites fissurées du désir mercantile exposées devant nous comme les ruines d'un zoo vidé de ses occupants. Le travail d'Annabelle parle, à travers un inventaire à la fois absurde et cruellement terre à terre des objets et images qui meublent nos vies quotidiennes de consommateurs, de notre crédulité face à la mutabilité des produits paradant devant notre porte-monnaie pour nous faire aspirer à un monde meilleur, du plaisir mesquin jouxtant la déception récurrente. Nous demeurons hébétés devant cette modernité qui semble nous couler entre les doigts au fur et à mesure qu'elle semble se rapprocher, à coup de gadgets toujours plus sophistiqués.

Les objets utilisés par Arlie, par leur côté contemporain ou au contraire désuet, posent la question de notre rapport aux choses et à leur obsolescence. Ils sont des sortes de "time capsule" dont le simple arrangement ready-made en sorte de "totems" pose déjà en soi la question de leur muséification - et ce pas tant dans un sens institutionnel qu'archéologique, de conservation. Leur plasticité obsède justement car, dans le feu de l'assemblage, leur nature et leur valeur marchande importent peu : seule compte l'efficacité de l'oeuvre finale. La littéralité des gestes d'Arlie rappelle ainsi les meilleurs moments du furniture art des années 80s et 90s, de Heim Steinbach à Sylvie Fleury, de Jeff Koons à Swetlana Heger & Plamen Dejanov, tout comme, dans un joyeux chaos de références hétéroclites, les collages surréalistes et l'austérité minimale. Upgrades mutants et infinis de l'histoire de l'art, les jointures lâches des signifiants des rébus Arliens donnent le champ libre à une interprétation oculaire sans but, libérée du désir, comblée de la forme seule.

Les scientifiques s'accordent à dire que dans vingt ans au plus tard, nous détiendrons les preuves d'une vie extraterrestre. Que diraient les Aliens en rentrant dans la galerie Derouillon, devant ces figures de singes colorées sur ces petites pattes de plastique, courant devant un fond de jungle RVB tandis que, aux murs, des métiers à tisser pour enfants parodient des Brancusi miniatures s'élevant timidement depuis leurs mini étagères. Comme dans Mars Attack, ils piétineraient sans doute avec une nonchalante brutalité ces artefacts pour eux vides de sens, se posant à peine la question de ces histoires d'objets, de forme et de mémoire. Pendant ce temps, à Guéthary, tandis qu'exploserait la Tour Eiffel, Annabelle Arlie regarderait la mer, inconsciente de la fin du monde. Peut-être aurait-elle même dans son radio cassette un vieil album de Tom Jones.
Location: Galerie Derouillon
38, rue Notre Dame de Nazareth
75003 Paris
M° Temple, République, Arts et Métiers, Strasbourg - Saint-Denis
France
Mobile : +33 (0)6 13 67 33 71
Mail : benjamin@galeriederouillon.com
Internet Site : www.galeriederouillon.com
Date: Thursday, November 17, 2016
Time: 18:00-21:00 CET

id : 83624


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