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Vernissage de Damien Hirst "Treasures from the Wreck of the Unbelievable"


Palazzo Grassi
Pointe de la Douane
www.palazzograssi.it

Damien Hirst
"Les trésors de l'épave de L'incroyable"

commissaire : Elena Geuna

Jusqu'au 3 décembre 2017



Le choc : un tentaculaire projet rempli de dieux, d'or, de bronze et de légendes. L'œil, l'esprit ont du mal à y croire. Et pourtant... Certains artistes ont le goût des pièces immenses. D'autres, celui de la production en grand nombre. Et il y en a un qui fait les deux : Damien Hirst. Né en 1965, la superstar de l'art britannique présente une exposition incroyable à la fondation Pinault de Venise. Il s'agit d'un des desseins les plus ambitieux mis en place depuis bien longtemps sur la planète de l'art contemporain. Hirst remplit en effet intégralement les deux espaces de la Pointe de la Douane et du Palazzo Grassi avec pas moins de 189 œuvres dans toutes les matières, or, argent, marbre, bronze, malachite ou verre. Dans tous les genres, aussi, de la statue à la pièce de monnaie, et dans tous les formats, du plus petit au plus colossal.
L'artiste nous raconte le rêve qui l'anime, et peut-être le consume depuis pas moins de dix ans : un récit auquel il veut que l'on croie et qui livre son dernier chapitre dans cette ville elle-même hors norme, bâtie par les marchands sur des pilotis et battue par les flots contre lesquels elle résiste depuis des siècles. Écoutez-la donc, cette histoire. Elle vous est contée depuis un palais du XVIIIe siècle qui donne sur le sublime Grand Canal, mais aussi depuis un bâtiment qui servit de douane maritime à l'époque de la Sérénissime, surmontée d'une girouette représentant la déesse de la fortune.

Cultes oubliés

Il était une fois, dans l'Antiquité, un bateau baptisé L'Incroyable qui transportait une extraordinaire cargaison d'œuvres et d'objets d'art rassemblée par un collectionneur de l'époque. Le bateau sombra et c'est son contenu, miraculeusement sauvé des eaux par Damien Hirst lui-même, avec une équipe d'archéologues sous-marins, qui est montré à Venise. Les faits sont même rapportés dans un livret distribué aux visiteurs à l'entrée des deux musées : « En 2008 le vaste site d'un naufrage a été découvert au large des côtes de l'Afrique de l'Est, donnant créance à la légende de Cif Amotan II, un esclave affranchi d'Antioche ( au nord-ouest de la Turquie) qui vécut du milieu du premier siècle au début du deuxième siècle de l'Ère commune ».

Parmi les pièces retrouvées, une statue d'Ishtar, la déesse mésopotamienne qui apprivoise les bêtes féroces, une autre de Tadukheba, princesse égyptienne, le crâne effrayant d'un cyclope, une figure d'Ife du Nigeria, un éléphant chinois de la période Zhou (475-221 av. J.-C.), un Bouddha du nord de l'Inde, la sculpture d'un terrible minotaure surpris en plein viol et un coquillage géant qui aurait bien pu donner naissance à Vénus... D'autres pièces encore, dans ce foisonnement de formes, se dressent dans des matières sublimes qu'on utilise désormais rarement. Les reliques de cultes inconnus, ou oubliés, en marbre de Carrare, en marbre rose, en agate grise, en or, en argent, en calcaire, en tourmaline, en cristal de roche, en malachite, en jade et encore et encore...

Tout au long de l'exposition, des vidéos projetées montrent les œuvres en situation dans les fonds marins. Elles sont d'ailleurs, très souvent, toujours couvertes de leurs coraux multicolores, traces de leur séjour subaquatique. Mais quand on y regarde de plus près, on découvre qu'il s'agit de trompe-l'œil. Ces statues sont faites de bronze peint. Le corail parfaitement reproduit n'en est pas. D'ailleurs, nombre de ces sculptures géantes de déesses et autres monstres répondent à un style très contemporain qui tient plus de l'esthétique des super-héros ou des mangas (hyper musculature et traits fins) que du classicisme mesuré des canons antiques. Le trouble s'installe : que regardons-nous ?

Suspension consentie de l'incrédulité

L'exposition a été baptisée « Les trésors de l'épave de L'Incroyable ». Comme l'explique le directeur de la fondation Pinault, Martin Béthenod, « il y a plusieurs hypothèses quant à l'origine des objets présentés, mais ici il faut tout simplement se laisser prendre par ce que l'on voit, ce que le poète anglais Samuel Coleridge appelait la suspension consentie de l'incrédulité ».

Le spectateur, en effet, commence par regarder les œuvres une à une. Mais très vite, il se laisse prendre par le gigantisme de la démonstration. Le bateau supposé retrouvé s'appelle L'Incroyable, et il porte incroyablement bien son nom. L'œuvre qui restera dans toutes les mémoires des visiteurs est située dans l'atrium du Palazzo Grassi. C'est là que super Damien a quasiment « encastré » un bronze de 18 mètres de hauteur. Un colosse dont la tête, coupée, gît près du corps. Ce démon aux ongles acérés, ce Gulliver de l'art contemporain, est inspiré d'une peinture du romantique anglais William Blake.

L'artiste, auteur de cette fable aux reliques imaginaires, a en effet embrassé large dans ses sources d'inspiration, depuis l'Égypte antique jusqu'à Walt Disney, depuis l'art précolombien jusqu'à l'artiste actuel américain Paul McCarthy, l'anachronisme jouant l'élément perturbateur. Hirst jongle avec l'histoire de l'art. Ses créations peuvent faire penser aux périodes surréalistes de Salvador Dalí et Giorgio De Chirico, à Champollion pour sa passion pour l'Antiquité, mais aussi aux formes lisses et rebondies des héroïnes de la pop culture contemporaine. Un seul homme est pourtant à l'origine de cette masse d'objets. Comment a-t-il pu créer tout cela en secret pendant si longtemps ?

Dans une interview au Point en avril 2010, Hirst racontait que son objectif, lorsque les visiteurs découvraient ses œuvres, était qu'ils émettent des « waouh ! » de fascination. À Venise, on peut émettre des « waouh ! » en cascade. Mais, même si certaines pièces sont plus pertinentes que d'autres, la véritable œuvre, c'est bien la collection dans son ensemble, présentée dans ces deux lieux.

Frondeur

Hirst confirme qu'il est un artiste frondeur. Une attitude qui, jadis, n'a pas toujours payé. Si, comme le montrait parfaitement sa rétrospective à la Tate Modern en 2012, l'ancien Young British Artist a mis au point dès la fin des années 1980 un vocabulaire unique, fait de poésie et de trash, de papillons, de seringues, d'animaux (comme le requin nageant pour l'éternité dans un liquide translucide ou l'installation composée de mouches dévorant une viande en putréfaction), mais aussi de peintures à pois multicolores (un symbole de l'omniprésence des médicaments dans notre vie), il n'a pas été ces dernières années au top des sondages d'opinion dans le monde de l'art. La rétrospective fut un succès de fréquentation (465 000 visiteurs), mais un échec critique. Hirst se répétait et faisait davantage parler de lui par ses coups marketing comme en 2007, lorsqu'il décrocha les unes de la presse planétaire en présentant un moulage de crâne humain incrusté de diamants d'une valeur de 100 millions de dollars...
En 2008 encore, ce joueur invétéré tentait et réussissait un geste qui ne manquait pas de panache, avec sa giga vente aux enchères chez Sotheby's à Londres. Il y écoulait toute une production récente, veaux d'or dormant dans le formol et papillons fixés pour l'éternité dans une peinture létale. Par là même, il transformait les coups de marteau en un geste artistique : un bras d'honneur au système. Car cette reprise de contrôle miraculeuse de son marché advenait le jour même où la banque Lehman Brothers se déclarait en faillite.

Mais une question demeurait, cruciale : Damien Hirst était-il encore capable de produire des choses nouvelles ? Pouvait-il faire parler de lui autrement que dans le domaine des opérations immobilières, dont la presse anglaise se fait couramment l'écho ?

La réponse est à Venise. Avec « Les trésors de l'épave de L'incroyable », l'artiste crée non pas un nouveau style, mais une infinité de styles. Le plus incroyable dans l'affaire, c'est que pendant dix ans, il s'est absolument tu sur ce projet. Elena Geuna, la commissaire de l'exposition, le confirme : elle faisait partie des rares personnes mises dans la confidence. Épris d'antiquité et de mythes, ce joueur de haute volée qui a arrêté l'alcool, changé de femme, et opportunément renoué avec le marchand d'art Larry Gagosian, fait un pari financier et artistique osé. Il a décidé de produire lui-même toutes les pièces de ce trésor englouti, et aujourd'hui ressuscité. Il n'y a pas que la mort à Venise.

Vernissage de Damien Hirst "Treasures from the Wreck of the Unbelievable" "Les trésors de l'épave de L'incroyable"

Vernissage de Damien Hirst "Treasures from the Wreck of the Unbelievable" "Les trésors de l'épave de L'incroyable"

Vernissage de Damien Hirst "Treasures from the Wreck of the Unbelievable" "Les trésors de l'épave de L'incroyable"

Vernissage de Damien Hirst "Treasures from the Wreck of the Unbelievable" "Les trésors de l'épave de L'incroyable"

Vernissage de Damien Hirst "Treasures from the Wreck of the Unbelievable" "Les trésors de l'épave de L'incroyable"
Location: Venise
Venezia - Venice
Venise
30100 Venise
Italia
Internet Site : www.comune.venezia.it
Date: Saturday, April 8, 2017
Time: 15:00-19:30 CEST

id : 84218


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