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Vernissage de Dorian Gaudin / Justin Meekel "Que la famille"


Exposition visible du 14 septembre au 13 octobre
Vernissage jeudi 14 septembre de 18h à 21h

pact avec Jill Gasparina, critique d'art et théoricienne,
Chercheuse en futurologie, prospective et anticipation comme méthodes de création artistique

- Pourquoi Dorian Gaudin et Justin Meekel signent-ils une exposition en duo à l'occasion de la rentrée 2017-2018 à la galerie PACT ? Par amitié.
- De quoi traite cette exposition ? De l'amitié. Pas que. La famille. Entre autres.

Les deux artistes et amis, Dorian Gaudin et Justin Meekel, se sont confiés à Jill Gasparina (directrice artistique du Confort Moderne, Centre d'art contemporain, Poitiers) comme on se livre à une amie -qu'elle est. Ensemble ils ont échangé sur l'origine et le contenu de cette exposition. De cette confession est né un texte teinté d'humour, par amitié et sur l'amitié, fruit de l'imagination d'une femme brillante (retranscrit ci-dessous).

Vernissage de Dorian Gaudin / Justin Meekel "Que la famille"
Justin Meekel, Qui est-ce ?, 2017, Fusain sur papier, 54 x 43 cm., Courtesy PACT

Préambule

Justin est né en 1986, comme Dorian. Dans leur enfance, ils ont quelquefois joué au tennis l'un contre l'autre dans des tournois de quartier, sans se connaître. Lorsqu'ils se sont vraiment rencontrés, ils étaient encore adolescents. Ils ont fait des études. Ils sont devenus artistes. Ils se sont mariés, ils ont fondé chacun une famille.
Justin vit à Paris. Dorian vit à New York.
Ils sont amis depuis longtemps.


L'histoire des gestes de transformation de l'espace de la galerie est déjà longue : dès les années 1960, la galerie et son espace blanc concentrent avec le musée les critiques les plus féroces. Aussi les artistes ont-ils cherché à la transformer.
Cette fois, l'espace rappelle l'univers domestique : on y trouve une table, une chaise, un luminaire, des étagères, une télévision avec télécommande et canapé, un peu de décoration au mur, des fleurs. Il y a de la moquette au sol. Comme dans presque tous les appartements, il y a eu un dégât des eaux (on remarque une flaque au sol). Le titre - « Que la famille » - peut donner à penser que nous sommes devant un portrait de famille (l'hypothèse d'une exposition hommage au groupe PNL, dont le premier album daté de 2015 porte ce titre, ne tient pas bien longtemps). Mais bien entendu, les choses ne sont pas aussi simples.
D'abord parce que la dimension privée des objets est limitée.
Ensuite parce que cet appartement n'a rien de fonctionnel : il est l'image d'un intérieur, plus qu'un espace que l'on pourrait véritablement habiter. La légère surélévation du sol, et la disposition de la moquette, qui délimite le début de l'espace d'exposition à proprement parler, créent d'emblée une distance qui relève d'une forme de mise en scène, ce que la fumée produite par une machine ne fait que renforcer.

Pourquoi avoir choisi ce dispositif domestique ?
Il fait d'abord référence à la communauté de vie et de travail qui unit les deux artistes, qui sont amis de longue date. Ce choix vient défendre une vision politique du monde de l'art, basée sur le partage et l'amitié, celle d'un travail effectué au sein de cette famille de substitution que tous les artistes se constituent lorsqu'ils commencent à travailler.
« Que la famille » est porteuse de cette utopie du travail artistique conçu d'abord comme moyen d'inventer ensemble un temps libéré des impératifs de la production et de la consommation, et avec elle, le désir d'une « création permanente » (R. Filliou).
De cette approche héritée de Fluxus, on retrouve les traces dans l'exposition.
L'étrange canapé-sculpture qui occupe le fond de l'espace pourra ainsi faire penser aux Furniture Sculptures de John Armleder (qui désigne par ce terme des ensembles de peintures associées à des pièces de mobilier), qui fut l'une des figures du groupe Écart, créé en 1969 à Genève dans un esprit Fluxus. Le mode de diffusion des vidéos de l'exposition renvoie lui aussi à l'idée du flux et de la création permanente. Elles sont diffusées simultanément sur une télévision, sur quatre canaux différents. Si l'on peut zapper d'une vidéo à la suivante à l'aide d'une télécommande imposante en marbre, que Justin décrit comme « préhistorique » et qui est munie d'un bouton unique (Dorian Gaudin & Justin Meekel, Après, 2017), il faut attendre que le programme recommence à zéro pour regarder une vidéo intégralement. Là encore, la question du passage du temps, et de son occupation, semble essentielle. Quant à la sculpture-flaque, elle est un appel au jeu et à l'accident, une belle invitation.

Ce dispositif domestique permet ensuite que soit accordée à chaque élément distinct une égale attention. Il n'est pas évident de faire tenir ensemble des œuvres aux imaginaires aussi éloignés que ceux de Justin et Dorian. Le travail de Justin Meekel est matériellement léger. Il l'envisage volontiers dans sa dimension relationnelle et sociale. Celui de Dorian Gaudin est beaucoup plus présent physiquement dans l'espace, et il est marqué par l'imaginaire de la machine. Il crée des installations mécanisées, anthropomorphes et volontairement maladroites, qui s'écroulent, ou tressautent. Il tort, déchire, et défonce des matériaux. Le dispositif d'exposition fait donc tenir l'ensemble des œuvres dans un format contraint, dans lequel thèmes et formes peuvent entrer en résonance. Ainsi la vidéo Dompanach (Justin Meekel, 2015), et son décor maritime trouve-t-elle un écho dans une sculpture de bois qui est en mouvement (elle-même dérivée du décor de Prime Time (Dorian Gaudin, 2015). De même, la forme de la flaque vient-elle répondre à celle du luminaire. Les effets d'échos de ce type sont nombreux dans l'exposition.

« Que la famille » fonctionne ainsi comme un modèle conceptuel d'exposition : un espace où l'intérieur et l'extérieur se confondent, et où tous les éléments, toutes les matières, toutes les formes peuvent coexister librement, dans leur propre temporalité. C'est un univers clos comme un sonnet, tout entier constitué par les relations qui s'y manifestent parfois silencieusement. Voilà peut-être la meilleure manière de traduire formellement une longue amitié.

Jill Gasparina, Extraits, À propos de l'exposition "Que la Famille", 2017
Location: Galerie pact
70, rue des Gravilliers
75003 Paris
M° Arts et Métiers
France
Phone : +33 (0)1 77 17 23 08
Mobile : +33 (0)6 27 01 08 66
Mail : info@galeriepact.com
Internet Site : www.galeriepact.com
Date: Thursday, September 14, 2017
Time: 18:00-21:00 CEST

id : 86656


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