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Vernissage de Julien Mignot "96 months"


Julien Mignot (1981), artiste autodidacte, collectionneur et passionné de musique, oscille la nuit entre le club Le Silencio et la Philarmonie de Paris. Le jour, on le retrouve dans les coulisses de défilés. Portraitiste pour la musique et le cinéma, il est régulièrement publié dans les magazines français et étrangers.
Entre 2009 et 2016, chaque mois pendant huit ans, Julien Mignot a volé des images au temps qui passe en sélectionnant dans son journal une photographie, un texte et un morceau de l'immense discographie qui a rythmé la période.

La série 96 months forme un puzzle intime de photographies argentiques. Tirages « Fresson » et pigmentaires.
Texte lu par Jeanne Balibar.
Playlist ordonnée par Jeanne Added.
Mixage par Olivier Lasson.
Cadre lumineux et réglette lumineuse réalisés par Ava du Parc.

Texte de présentation par Léa Chauvel-Lévy, critique d'art et directrice artistique.
« Vermeer peint vers 1668 Le Géographe. Julien Mignot ne ressemble aucunement au sujet du tableau, un homme attablé à sa table de travail, décati et gagné par le temps, mais étonnamment, il m'y a toujours fait penser. J'ai compris plus tard pourquoi. Julien a étudié la géographie avant de découvrir qu'il deviendrait photographe. En réalité, je crois qu'il n'a pas vraiment déserté les territoires de cette discipline. Ces territoires sont devenus sensibles, incarnés mais c'est toujours la terre, ses paysages et les humains qui les arpentent qu'il continue à sonder. La méthode a changé. La tonalité et la musique aussi, mais la partition est toujours la même, où vacillements du monde et ondes sismiques déploient cette fois une carte intime. La sienne, faite de lignes simples, reliées par des points personnels, comme dans ce jeu d'enfant où il faut suivre les numéros qui se succèdent, pour dessiner une forme fragile. Montagnes rougies par le soleil sur le déclin, vallons perdus et coincés dans l'inconnu, chemins vicinaux
refroidis par la neige, routes brunes vers l'infini... Le géographe a muté, s'est doté de couleurs et a repeint le monde. Pas d'instant décisif, surtout pas. Mais une narration singulière où se projeter. L'image n'est pas prise dans sa toile, proie d'une araignée qui l'y aurait jeté, au contraire elle vit encore. Regardez les pieds de cette fille endormie, ils vont bouger, elle va se réveiller. Il n'y a aucune concordance des temps à trouver dans cette écriture photographique profondément actuelle. Les images de Julien Mignot « présentent » un monde, plutôt que l' « enregistrent ». Lui rendent sa présence. Ce couple, impudique et heureux continue de s'embrasser devant nous. Comment, alors qu'il fait jour lorsque que je la guette, cette femme de dos, peut-elle scruter le noir de la nuit, cape jetée à l'aveugle sur la campagne ? Rarement, aura-t-on vu autant image en train de se faire. Se tramer sous nos yeux, s'écrire à notre vue. Celle-ci se tisse à mesure que notre regard se pose sur elle et bannit dès lors toute possibilité d'être retenue captive dans le passé. Ni araignée, ni toile, l'image vit encore, chasseuse de mort, créant ex nihilo le cadre toujours vivant de sa vie intérieure. »

Entre 2009 et 2016, soit chaque mois pendant 96 mois, Julien Mignot (1981) a sélectionné une image de ses errances photographiques. 96 months forme un puzzle intime.

Merci à Jeanne Balibar de dire le texte écrit par Julien Mignot.
Merci à Jeanne Added, qui a ordonné la playlist compilée par Julien Mignot entre 2009 et 2016.

Les tirages en édition limitée sont présentés en trois formats dans la technique « Fresson » au procédé charbon ou en tirage pigmentaire.

Un caisson lumineux de 96 diapositives (œuvre unique) présente la série complète. Une réglette lumineuse (édition de 30 exemplaires) permet de reconstituer son propre journal photographique en choisissant 12 diapositives dans la série 96 months.

Texte de présentation par Léa Chauvel-Lévy, critique d'art et directrice artistique.
Vermeer peint vers 1668 Le Géographe. Julien Mignot ne ressemble aucunement au sujet du tableau, un homme attablé à sa table de travail, décati et gagné par le temps, mais étonnamment, il m'y a toujours fait penser. J'ai compris plus tard pourquoi. Julien a étudié la géographie avant de découvrir qu'il deviendrait photographe. En réalité, je crois qu'il n'a pas vraiment déserté les territoires de cette discipline. Ces territoires sont devenus sensibles, incarnés mais c'est toujours la terre, ses paysages et les humains qui les arpentent qu'il continue à sonder. La méthode a changé. La tonalité et la musique aussi, mais la partition est toujours la même, où vacillements du monde et ondes sismiques déploient cette fois une carte intime. La sienne, faite de lignes simples, reliées par des points personnels, comme dans ce jeu d'enfant où il faut suivre les numéros qui se succèdent, pour dessiner une forme fragile. Montagnes rougies par le soleil sur le déclin, vallons perdus et coincés dans l'inconnu, chemins vicinaux
refroidis par la neige, routes brunes vers l'infini... Le géographe a muté, s'est doté de couleurs et a repeint le monde. Pas d'instant décisif, surtout pas. Mais une narration singulière où se projeter. L'image n'est pas prise dans sa toile, proie d'une araignée qui l'y aurait jeté, au contraire elle vit encore. Regardez les pieds de cette fille endormie, ils vont bouger, elle va se réveiller. Il n'y a aucune concordance des temps à trouver dans cette écriture photographique profondément actuelle. Les images de Julien Mignot « présentent » un monde, plutôt que l' « enregistrent ». Lui rendent sa présence. Ce couple, impudique et heureux continue de s'embrasser devant nous. Comment, alors qu'il fait jour lorsque que je la guette, cette femme de dos, peut-elle scruter le noir de la nuit, cape jetée à l'aveugle sur la campagne ? Rarement, aura-t-on vu autant image en train de se faire. Se tramer sous nos yeux, s'écrire à notre vue. Celle-ci se tisse à mesure que notre regard se pose sur elle et bannit dès lors toute possibilité d'être retenue captive dans le passé. Ni araignée, ni toile, l'image vit encore, chasseuse de mort, créant ex nihilo le cadre toujours vivant de sa vie intérieure.

Vernissage de Julien Mignot "96 months"
Location: Galerie Intervalle
12, rue Jouye-Rouve
75020 Paris
M° Pyrénées, Belleville
France
Phone : +33 (0)1 43 15 94 58
Mail : contact@galerie-intervalle.com
Internet Site : www.galerie-intervalle.com
Date: Thursday, December 7, 2017
Time: 18:00-22:00 CET

id : 90087


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