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Preview de Gaston Damag "PHANTOMS OF INSPIRATION"


VERNISSAGE JEUDI 1ER FÉVRIER 2018 DE 18H A 21H
jusqu'au jeudi 05.04.18

Les Ifugao de l'île philippine de Luçon accordent une importance de tout premier plan à la riziculture. Pour les besoins de celle-ci, ils ont littéralement sculpté la nature par l'aménagement des terrasses de riz au flanc des montages, tout en développant des rapports ritualisés à des divinités du riz dont ils ont conçu des figurations anthropomorphes : les būluls, sculptés - hier comme encore aujourd'hui - dans le bois par les mumbaki (« chamans »). Ce sont ces būluls que l'artiste, lui-même originaire d'Ifugao et vivant à Paris, Gaston Damag place depuis plusieurs années au centre de son Œuvre. Parce qu'ils y symbolisent la culture d'Ifugao toute entière, ses rites, ses croyances, son art, les būluls valent pour synecdoque dans les œuvres de Damag. Son travail inlassable sur ces petites représentations divines - d'ailleurs, plus ou moins façonnées en fonction du goût occidental depuis un siècle (cf. Philippines, archipel des échanges, p. 226) - est un témoin de l'intérêt de l'artiste pour le désajustement entre les perceptions endogènes et exogènes de la culture philippine.

A l'arrière-plan des travaux célèbres d'anthropologie économique portant sur les échanges marchands ou gracieux des objets, une anthropologie ergonomique s'est proposée de poser à nouveaux frais la question de l'usage des objets dits « ethnographiques ». Ces recherches ont permis de souligner le fait que les objets sont « empêtrés » dans leur culture d'accueil (comme le sont les entangled objects étudiés par Nicholas Thomas, auquel l'expression est empruntée) et que leur transfert vers une autre culture se fait au prix d'un nouvel empêtrement - qui est, pour ainsi dire, le revers de la médaille dont l'apparition de nouveaux usages constitue l'avers. Lors du transfert d'un objet d'une société ou d'une époque à une autre, des usages se substituent à d'autres et l'objet s'empêtre à nouveau. L'Œuvre de Gaston Damag, dans laquelle les cultures se télescopent, est une mise en lumière poétique de ce processus d'empêtrement. Loin de rejouer le procès en pétrification du musée, dont les vitrines sont censées déprécier les outils désaffectés qu'elles renferment, le travail de Damag est davantage qu'une simple contribution au débat muséographique déjà centenaire sur la présentation des objets ethnographiques/œuvres d'art premier. Sans orientalisme, ni occidentalisme, l'artiste nous entretient des modalités de l'empêtrement en Occident des objets extra-occidentaux.

Notons aussi que l'Œuvre de Damag n'est pas étrangère à un certain principe de superposition et de cumul. D'abord parce que sa Peinture émerge de successions d'étapes et de reprises que permet notamment le temps de séchage long de la peinture à l'huile. Puisqu'une touche modifie le résultat obtenu à un stade antérieur, chaque étape est sacrifiée à la suivante - ce dont d'autres peintres ont également fait l'expérience (pour un exemple parmi tant d'autres : James Lord, "Un portrait par Giacometti") - mais les strates de cette peinture palimpseste se laissent deviner par relief ou par transparence. Ensuite, parce que de sa formation d'artiste minimal, Damag a conservé un goût pour la réflexivité. Son travail sur la représentation est également une réflexion sur l'art lui-même, et l'artiste a fait du būlul, qui symbolisait déjà Ifugao, une allégorie de la Sculpture. Cumulative, l'Œuvre de Damag l'est bien évidemment par la répétition de ce motif du būlul qu'il confronte aux formes artistiques d'une certaine modernité. Le sillon que trace l'artiste ne dévie pas, et il a pour point de départ et de mire la question du dialogue des cultures.
Pierre Vialle

Pierre Vialle est directeur adjoint du centre d'art et de recherche Bétonsalon et de la Villa Vassilieff à Paris. Il est également enseignant au sein de l'UFR Arts plastiques et Sciences de l'Art de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Dernier article publié : « L'effacement des lynchages californiens. La mémoire et l'instrumentalisation des images », Les Cahiers de Framespa [En ligne], 25 | 2018, Mémoire et oubli : l'histoire et l'art à l'épreuve du souvenir.

Né en 1964 à Banaue Ifugao, Philippines. Vit et travaille à Paris, France
Quelques dates - 2017 : Gaston Damag + Yannick Demmerle, Kunstverein Bitcherland, Artopie Centre de création artistique, Meisenthal / The Inverted Telescope, The Cultural Center of the Philippines, Manille - 2016 : Post-mortem, participation à l'exposition de Damien Deroubaix, Creux de l'Enfer, Thiers / Seconde Ligne, Galerie Maïa Muller, Paris / Jusqu'à ce que rien n'arrive, Commissaire : Pierre Vialle, Maison des Arts de Malakoff, France - 2015 : Où est Madame Pschitt, Group Show, Galerie Maïa Muller, Paris, France - 2014 : The Drawing Room, Manille, Philippines / Ifugao Red, Vargas Museum, Manille, Philippines - 2013 : Manila Vice, Musée International des Arts Modestes, Sète, France - 2012 : Bastard of misrepresentation, Gallery Topaz, New York, USA - 2010 : Accrochage de Septembre, MUDAM, Luxembourg - 2007 : Damag, Ocampo, Deroubaix, Magnet Gallery, Quezon City, Philippines - 2005 : Miserable intentions, Gaston Damag and Manuel Ocampo, Galerie Alimentation Générale d'Art Contemporain, Luxembourg - 2000 : Paris pour escale, Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, France - 1999 : La Naturaleza de la Cultura, Gaston Damag with Manuel Ocampo, Centre Andalous d'Art Contemporain, Séville, Espagne

Vernissage de Gaston Damag "PHANTOMS OF INSPIRATION"
Sans titre - huile sur toile - 136.5 x 93 cm - 2017
Location: Galerie Maïa Muller
19, rue Chapon
75003 Paris
M° Rambuteau, Arts et Métiers
France
Phone : +33 (0)9 83 56 66 60
Mobile : +33 (0)6 68 70 97 19
Mail : contact@galeriemaiamuller.com
Internet Site : www.galeriemaiamuller.com
Date: Wednesday, January 31, 2018
Time: 19:00-21:00 CET

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