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Vernissage de Terry Taylor "The Black Mirror"


10 - 31 mars 2018
Vernissage samedi 10 mars 2018 de 18h à 21h

La Galerie Suzanne Tarasieve est heureuse de présenter la troisième exposition personnelle de lʼartiste australienne Terry Taylor, réunissant trois séries importantes dʼœuvres nouvelles : Les douze apôtres, Les dix commandements et Les séraphins déchus.

Terry Taylor sʼest lancée ici dans une entreprise dʼune portée, dʼune ambition et dʼune ampleur monumentales à tous les sens du terme. Les trois séries ensemble composent une suite de trente grandes huiles sur toile, somptueusement passées au noir de bitume, dʼoù émergent avec force les crânes et squelettes fétiches de Terry Taylor, dont la rare vivacité morphologique anime pareillement les entrelacs sinueux de corde, tissu, chaînes et autre attirail diversement présents dans ses compositions. Ces œuvres monumentales par leur nombre et leur format, ainsi que par leur virtuosité technique, commémorent également, ou nous remémorent la condition mortelle qui est le lot de tous les êtres. Leur dimension de memento mori est en outre dotée dʼun surcroît de monumentalité. À la différence des vanités hollandaises des XVIe et XVIIe siècles, où les crânes se disséminent parmi les allégories de la fugacité des plaisirs terrestres (et lʼon ne parle pas du commerce actuel de têtes de mort « gothiques »), les squelettes de Terry Taylor restent étrangers à lʼespace du quotidien (alors quʼils sʼy inscrivent notamment dans sa série des Sept péchés capitaux). Leur espace à eux est dʼune abstraction totale : une scène plongée dans les ténèbres, dénuée de tout décor ou ornement, hormis, çà et là, quelques motifs emblématiques du martyre ou des prescriptions morales. On songe à Ribera, à Zurbarán et au Goya des Peintures noires (il y a dʼailleurs des citations explicites de ces deux derniers maîtres dans les tableaux de Terry Taylor), bien plus quʼaux peintres de vanités ou aux artistes néogothiques. Les douze apôtres, Les dix commandements et Les séraphins déchus, revisitant le baroque espagnol sur un mode épuré allègrement irrévérencieux, ne se contentent pas dʼinviter les mortels à se rappeler quʼils devront mourir. Terry Taylor invoque - ou convoque - ces déterrés monumentaux, saints, séraphins et tables de la Loi, pour nous remémorer, à nous les vivants, non seulement la valeur de lʼexistence et les valeurs qui la déterminent, mais aussi la nécessité de faire de la place à dʼautres formes de « nature »... y compris celles qui nʼont plus, ou nʼont jamais eu, de présence incarnée.

Malgré ses sources bibliques, lʼassemblée de saints, pécheurs et anges bannis (ou démons, le plus célèbre séraphin déchu étant Lucifer) que nous présente Terry Taylor ne transmet donc pas un message de rédemption, ou de damnation, conforme à lʼeschatologie du Jugement dernier, pas plus que leur représentation nʼobéit au canon iconographique. Prenez les douze apôtres. Telle une armée hétéroclite de mercenaires osseux, ils se parent de costumes dont la diversité renvoie à une pluralité dʼorigines culturelles et géographiques. La coiffe en plumes flamboyante de Jean est clairement amérindienne, jusque dans ses infimes détails, tandis que lʼornement de tête de Jacques le Majeur, avec sa bordure de dents et ossements, sʼajoute à ses deux gibecières emplies de crânes pour désigner un chasseur de têtes dʼAsie centrale. Terry Taylor sʼest manifestement inspirée de récits ou de légendes sur le destin des apôtres envoyés en mission évangélique dans de lointaines contrées, mais elle les a interprétés en laissant libre cours à son imagination, accumulant sur ses toiles les strates de sens en même temps que les couches de peinture. La référence aux cultures indigènes, explique-t-elle, est une mise au jour des croyances animistes et panthéistes que les missionnaires chrétiens ont tout fait pour anéantir brutalement. Alors, si ses apôtres annoncent effectivement la « bonne nouvelle » dʼun monde gouverné par des valeurs autres que matérielles, celle-ci ne se traduit par une joyeuse réunion avec le Seigneur au ciel, mais par une coexistence harmonieuse avec dame Nature. Cʼest en somme la coexistence de toutes les formes de la nature, possédant chacune sa pleine capacité dʼaction. Devant cette petite troupe apostolique de guerriers osseux, le spectateur percevra ou non un « sens » véhiculé par Les douze apôtres (où se déploie un assortiment de crânes aux grimaces lubriques dont les squelettes se contorsionnent sur des crucifix quand ils ne sont pas empalés sur un pieu comme celui de Simon), mais il lui sera impossible de ne pas se sentir interpellé par cette assemblée lugubre et pourtant étrangement jubilatoire. On peut en dire autant des cousins des apôtres, dans Les dix commandements et Les séraphins déchus, qui tantôt batifolent sur des croix (transgressant les interdictions de tuer et de commettre lʼadultère), tantôt écartent lascivement leurs membres écorchés désarticulés, et fixent toujours sur le spectateur un regard dʼautant plus dérangeant quʼil émane dʼorbites énucléés. Seraient-ils par hasard en train de nous braver avec la vérité dont ils sont les détenteurs, à savoir que, pour les morts, les préceptes religieux ainsi que les valeurs et conventions sociales ne signifient rien ?

Cela dit, la sollicitation instante que cette cohorte excarnée exerce sur nous est peut-être attribuable en dernier ressort à la méthode de Terry Taylor, qui extrait les personnages des couches de peinture noire visqueuse, en grattant la surface ou en la diluant à lʼessence de térébenthine, pour dévoiler un fond moelleux de tons de sienne, de terres dʼombre et dʼors vieillis, incrusté de sédiments. Le noir impénétrable qui sert dʼarrière-plan aux personnages constitue en fait la surface du tableau, ainsi transformée en fond-surface. Terry Taylor dit quʼelle « exhume » ses crânes et squelettes. Une fois exhumés, remontent-ils vraiment à la surface ou, étant donné lʼoscillation entre fond et surface induite par la technique de lʼartiste, restent-ils en suspens dans un espace à jamais incertain ? Lʼinterrogation suscitée par leur regard est en partie liée à cette existence indéterminée des crânes et des squelettes sur la toile.


Terry Taylor, née dans la province de Victoria en 1958, vit et travaille à Melbourne. Elle a eu de nombreuses expositions à travers lʼEurope et ses œuvres sont entrées dans des collections particulières prestigieuses, dont celle de Thomas Olbricht à Berlin. Deux grands musées australiens, la National Gallery of Victoria à Melbourne et la National Gallery of Australia à Canberra, en possèdent également.

Louise Burchill

Vernissage de Terry Taylor "The Black Mirror"
Location: Galerie Suzanne Tarasiève
7, rue Pastourelle
75003 Paris
M° Filles du Calvaire, Saint-Sébastien - Froissart, Arts et Métiers
France
Phone : +33 (0)1 42 71 76 54
Mobile : +33 (0)6 11 01 16 79
Mail : info@suzanne-tarasieve.com
Internet Site : www.suzanne-tarasieve.com
Date: Saturday, March 10, 2018
Time: 18:00-21:00 CET

id : 92676


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