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Vernissage de Gyan Panchal "la coupure, l'apparentée"


6.09 - 27.10.2018
Vernissage jeudi 6 septembre, 18h-21h

« Toute tentative pour absorber la nature en détruit la nécessaire altérité. La séparation profonde est ce qui fait que la nature est naturelle. Nous ne pouvons nous unir à la nature sans détruire sa signification la plus importante. Nous pouvons à peine y toucher sans détruire cette signification (...) Car les objets, les objets naturels, nous le rappellent, nous rappellent une nature qui nous est indifférente. Ils sont la blessure de cet autre monde, le monde sans langage, sans culture, sans nous. Ils en sont la seule marque visible. Ils demeurent. Ils démangent. Ils nous menacent. Ils nous font souvenir. Et cette démangeaison, cette menace, c'est la semence, la possibilité de l'art. »
Richard Nonas, Get out, Stay away, Come back*

Nous aimons faire le lien entre les projets qui se succèdent à la galerie et comprendre ainsi ce qui rassemble les artistes avec qui nous collaborons, non seulement sur le plan formel mais d'un point de vue intellectuel, reconnaissant a posteriori ce qui nous a attirées vers eux. Le travail de Gyan Panchal explore depuis plus d'une décennie le rapport entre le naturel et l'artificiel en dépassant l'aporie d'une opposition nature/culture et en essayant de sentir, par son approche de la sculpture, les lieux de cohabitation possibles entre les milieux vivants habitant notre monde, chacun pourtant mû par sa propre logique. Pour leur dernière exposition à la galerie, Louise Hervé & Chloé Maillet sont parties de prémisses similaires, tentant d'imaginer quels objets de l'histoire de l'art pourraient s'adresser aux oiseaux. Avec Louise, Chloé et Gyan, nous avançons dans l'exploration d'un monde dans lequel l'humain a perdu sa prééminence ; avec Jean-Charles de Quillacq, Pauline Boudry / Renate Lorenz et Mathieu K. Abonnenc, ce décentrement se produit à partir de l'individu sexué et localisé pour aller vers d'autres relations humaines au monde. Chacun nous oblige à nous poser la question, à chaque instant, de notre place parmi les autres vivants.

Dans un parc naturel aux Etats-Unis, j'ai fait l'expérience de l'irréductible altérité de l'animal. Un troupeau de bisons paît dans une prairie immense - pas comme dans un zoo, placé là pour être juste sous l'œil des visiteurs - avec sa logique propre de vie animale. Un bison qui était allé se nourrir de l'autre côté de la route rejoint soudain le troupeau, à pas lent, arrêtant le trafic sur cet axe très fréquenté. Les véhicules attendent patiemment le retour du bison dans le troupeau, s'adaptant au rythme animal, à son indifférence aux humains. Nous existons pour ce bison au même titre que ces éléments du paysage qu'il croise.
J'ai le sentiment que la sculpture telle que la pratique Gyan Panchal exprime cette même irréductible altérité, cette indifférence à ce qu'on attend d'elle. La sculpture de nos représentations collectives, sagement soclée devant un mur blanc, artefact bourgeois par excellence, est comme ces animaux que l'on dit « de compagnie » et que nous humanisons à tel point que nous leur prêtons des sentiments similaires aux nôtres. Les formes créées par Gyan ont au contraire une vie propre, un rythme particulier. Les caractéristiques mêmes des matériaux et des objets utilisés déterminent leur positionnement dans l'espace et vis-à-vis d'autres éléments. L'usage premier des objets (silo, aliments ou plantes factices, vêtement de pêcheur, mangeoire, bouée, trémie) - s'il reste parfois reconnaissable (et souvent mentionné dans la description technique des œuvres) - n'est qu'un rôle auquel l'artiste les soustrait. Dans un entretien récent, Gyan déclarait que ces objets devenaient œuvres « lorsque suffisamment de gestes les ont rendu méconnaissables, et ont permis de troubler l'assurance d'une certaine familiarité à leur égard ». Par leur mise en contact dans la sculpture, ils trouvent un nouvel état. Ainsi, la courbe d'un silo se pare délicatement d'une fougère albinos en plastique, d'une oreille desséchée de bovin et de corne broyée, objets délaissés par l'agriculture, et que leurs intrinsèques logiques permettent de rapprocher. Comme le souligne Gyan dans le même entretien « la forme ne préexiste pas au travail de la sculpture (...) Il n'y a qu'une expérience, mettant en jeu une multitude de gestes, de regards et de touchers. » Une expérience sensuelle en somme qui n'est peut-être pas destinée à durer.
Les couleurs pâles d'une ancienne bouée peinte et poncée, accrochée au plafond comme une pièce de boucher, celles d'un quignon de pain factice ou d'une mangeoire en plastique semblent les faire accéder à une sensualité et à des attraits propres au vivant. Ainsi vivant et non vivant, objets fabriqués et éléments naturels ne sont plus hiérarchisés mais reconfigurés dans un nouveau milieu.

La sculpture serait donc un milieu à part entière, au sens défini par le biologiste von Uexküll à la fin du 19ème siècle, comme un univers qui détermine les objets qui lui appartiennent. L'art a sa propre logique et les formes ne dépendent aucunement de leur destination. Existant à côté d'autres mondes, il ne leur est pourtant pas indifférent. Il est une façon de faire coexister des univers, voire de faire exister un « vivre ensemble » abstrait qui pourrait avoir sa traduction dans le monde vivant. C'est là, il me semble, la dimension émancipatrice de l'art et ce que nous pourrions en apprendre, si seulement nous nous retenions de l'apprivoiser ou de l'absorber comme nous le faisons avec la nature.

IA

*Les presses du réel, 1995


Gyan Panchal est né en 1973, il vit à Eymoutiers (Limousin). Diplômé de la Jan Van Eyck Academie en 2004, son travail a fait l'objet de nombreuses expositions personnelles et collectives : au Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, chez Jhaveri Contemporary à Mumbai, à la Maison des Arts Georges Pompidou à Cajarc, à Thalie Art Foundation, Bruxelles, au Plateau FRAC Ile de France, au CAN Neuchâtel, chez MaisterraValbuena, Madrid, au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, à la Biennale d'Art Contemporain de Rennes ou au Carré d'art de Nîmes. Le Musée d'Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne lui consacrera une exposition personnelle en mars 2019.

Vernissage de Gyan Panchal "la coupure, l'apparentée"
Portrait of the artist as a go-between (after Henry Cros), by Marcelle Alix
Location: Galerie Marcelle Alix
4, rue Jouye-Rouve
75020 Paris
M° Pyrénées, Belleville
France
Phone : +33 (0)9 50 04 16 80
Mail : demain@marcellealix.com
Internet Site : www.marcellealix.com
Date: Thursday, September 6, 2018
Time: 18:00-21:00 CEST

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