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Vernissage de Zhang Qiong Fei "Mémoire de choc"


Exposition de peintures de l'artiste chinoise Zhang Qiong Fei : "Mémoire de choc"
Vernissage vendredi 7 septembre à partir de 19h
Exposition du 7 septembre au 6 octobre 2018

Peindre pour révéler

Au premier regard vers la toile, ce fut le pli. Le pli, cette enveloppe qui enrobe le lit. Des draps ouverts où plus personne ne se repose. Le froissement de la tendresse de la soie qui pend vers le sol, une humilité basse tendue, fraîche et forte. Un tableau comme l'histoire d'un voile. Un lit ouvert, ouvert sur le monde, un lit double avec cette frontière raccordée par le tissus, un tissus si fort et si fragile à la fois, l'autorisation du voyage. Hésiter à rentrer dans le lit s'oppose à l'œuvre qui nous regarde.
Exode exil, telle est l'œuvre de Fei appelant à approfondir la nature de son esprit visionnaire, le péril de la vie du meuble et de l'immeuble en passant par le monde soutenu vers une analyse de l'avènement de la fin. Aucune rivalité avec la vie, aucun deuil, juste la fin d'une époque et d'un monde vivant. Certaines zones de son œuvre sont ponctuées de scènes érotiques, de l'érotisme dans la chair à écouter la peau et le sang qui se coagulent et se collent secoués par la longue et complexe histoire de la vie et de notre monde contemporain. A intervalles réguliers elle condamne la discrimination politique au-delà du féminisme. Le politiquement social n'existe toujours pas en Chine. Nous parlons bien d'une jeune peintre chinoise exilée par amour en France et non par amour de la France. Aimant son pays, sa famille et sa « dictature ». Culture oblige, être pour la peine de mort et non la peine de la mort. Fille d'une poétesse et d'un père peintre, Fei héritera bien évidemment d'une œuvre familiale accoudée sur les fondations de Mao. La première fois qu'elle est arrivée en France, le 7 octobre 2007, pendant une conversation sur la mort elle disait vouloir mourir à 50 ans, dix ans plus tard elle désirerait mourir aujourd'hui à 60 ans... Cela me laisse à sourire car sa culture se mélange à celle de l'occident. Peut-être sera t- elle militante, dans 10 ans, contre la peine de mort ?
Ce n'est pas n'importe quelle peintre. Il suffit juste d'imaginer une fille élevée par son unique grand-mère dans les montagnes du Yunnan avec un père absent car il fut embastillé que quelques 14 années par le régime totalitaire maoïste. N'ayant été qu'une seule fois le voir pendant son enfance, accompagnée de sa mère, et vu que le voyage fut si long, l'autre bout de la Chine. Elle n'a que vomi en voyant son fragile père. Elle n'eut jamais de jouet sauf à part une petite réplique d'un Remington « revolver » que son petit cousin lui subtilisa aussitôt. Lui c'est un garçon ! N'oublions pas le sort des filles en Chine. Il y a encore quelques années une fille ne comptait pas plus qu'un chaton, alors je vous laisse imaginer la suite, ce n'est pas un livre historique que j'engage. Juste une description et l'aveu de la peinture de Xiang Quiong Fei. Professeur d'art plastique à Kueming propriétaire et célibataire un exploit pour une jeune chinoise. Regarde le sort de la femme de par le monde ?! La chose la plus émouvante pour moi fut qu'elle acheta avec son premier salaire son unique poupée, une poupée à 27 ans pour pouvoir la coiffer. Fei à sa mort devra obligatoirement retourner en Chine dans les montagnes du Yunnan. Elle sera découpée en petits quartiers de viande pour être jetée en pâturage aux aigles volants. Fei en chinois veut dire « oiseau qui plane ». Voilà ! Une petite parenthèse pour la description de l'artiste. Conformément à sa rigueur chaque jour est un jour pour l'art, tableaux, sculptures, encres de Chine, papiers découpés. Tout cela ponctué par la naissance de sa fille Iliona qui a plus de 8 ans maintenant. Les mots seront toujours flous, mais l'effet précis est complexe. Fei analyse d'abord son sujet à partir de photos, modèles ou objets. Et conformément à l'image qu'elle a de l'humanité, il découle que l'époque devienne une procession apocalyptique. Une histoire dont on oublie parfois qu'elle eut été belle. Mais en décryptant l'œuvre, une force de lionne jaillit tel un volcan dans le choix de ses gestes picturaux. Rien n'est laissé au hasard, chaque phénomène est mesuré, rien n'est impossible tout est implanté dans la toile avec la seule et unique mesure de l'exil. Ce ne sont pas des candidats pour la mort, mais pour la révolution de la vie, le monde avec son interdiction du bonheur pour réfléchir aux diverses situations qu'il faudrait trouver pour solutionner les dégâts de l'industrie mondiale et de la consommation à outrance, la condition de l'animal et le rôle de la femme libérée. Aucun traitement religieux n'est absorbé dans son œuvre. La religion ? Connait-pas ! Les différents courants de son œuvre vont de Kieffer à Zoran Music. Le cheminement va toujours dans la même direction (la fin). Nul ne peut s'asseoir dans ses fauteuils et encore moins sur ses tabourets chemisés de fils barbelés conçus par l'artiste. Beaucoup peuvent y voir l'échec d'une vie condensée au sein de l'œuvre. Ne voyez pas dans la faille son fond de commerce. Son incroyance raisonne comme une révolution ne se limitant qu'au-dessous de la vie. Dans un climat dont la solution grandissante n'est qu'une ruine limitée à l'anonymat. Si elle devait croire en un Dieu elle dirait simplement qu'il exagère. Sa bataille n'est contre quiconque, elle occupe juste une place dont l'écho n'est que silence. Elle se sert du massacre de tout comme témoignage de l'origine même du capitalisme. La construction de son œuvre prendra bien évidemment une place déterminante dans ce monde d'hommes, engagés à la fois dans la critique politique et morale du capitalisme et de la marchandisation du monde. On ne sera donc pas étonnés de comprendre que Fei est dans l'alternative sociale et écologique. Telle une sorcière du féminisme sacré. C'est surtout la définir comme sorcière pour affirmer le droit des femmes avec cette forme de savoir sur ce qu'il adviendra d'un monde qui n'est plus enraciné dans la nature. Comment s'adresser à la douleur ? Par la poésie ou la peinture ? Les deux mon cher Watson ! Son encre noire coule comme un poème sortant de son sexe ouvert-presqu'île- remplaçant nos propres visions par le langage de la vision de la peinture. Elle est née à partir d'une critique : « Ca ne sera jamais un garçon ! » Le pouvoir des femmes ce n'est surtout pas de prendre le pouvoir, mais à partir d'elles même juste rendre une justice globale de la vie. Telle est la définition de l'œuvre de Fei. Anarchiste chinoise parachutée dans le trou du cul du monde Denezé sous Doué en milieu troglodytique, en tous les cas loin de chez elle avec comme pour libération la peinture formulant son émancipation. La profusion de son travail part d'un itinéraire en passant par les pionniers tels que Vélasquez, Goya, Rembrandt ; pour répondre à une empreinte toutefois figurative à forte proportion contemporaine, un caléidoscope de peintres étudié pendant douze années d'école d'art plastique en tant qu'élève et professeur d'art. Une mixité de 27 ethnies où elle enseignait l'histoire de l'art et le papier découpé. Ses toiles sont un rideau entre deux mondes qui touche la responsabilité de l'ensemble de la communauté. Représentation comme une prophétie définitive-sans retour- sans exception tout sera mortel, indiqué à la dernière place. Une compréhension active délibérément négative comme un signe d'affirmation profonde sera sa seule libération. L'effort personnel de Fei est un seuil qui relève des circonstances historiques et l'écho de l'effondrement d'un monde dilué d'égoïsme.

Vernissage de Zhang Qiong Fei "Mémoire de choc"
Location: Galerie-Librairie Impressions
17, rue Meslay
75003 Paris
M° Temple, République
France
Phone : +33 (0)1 42 76 00 26
Mail : impressions98@wanadoo.fr
Date: Friday, September 7, 2018
Time: 19:00-21:00 CEST

id : 96274


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